Opinions

Une chronique d'Eloy Romero-Muñoz, chercheur en didactique des langues et professeur de néerlandais dans l'enseignement qualifiant. 


Il faut plutôt valoriser les élèves qui viennent en cours plutôt que d'enrager sur les absents. 


Le propre du chercheur est de chercher, pas de trouver." Voilà, résumé en quelques mots, ce que pensent beaucoup de personnes de la recherche en éducation. Il est vrai que si la démarche de recherche est bien cadrée, le résultat n’est jamais assuré. Le chercheur a une obligation de moyen - c’est-à-dire qu’il doit mettre en place une expérimentation solide méthodologiquement -, pas de résultat. Son travail n’en est pas moins essentiel en ce qu’il consiste à vérifier à une époque où l’on se contente souvent de croire.

En complément de leur recherche, certains chercheurs choisissent de prester dans l’enseignement afin de vérifier, sur le terrain, certaines hypothèses de recherche et principes de la didactique des langues. Dans mon cas, plus encore que ma posture d’enseignant, c’est ma vision de la recherche que cette immersion dans le qualifiant me permet de faire évoluer.

Un enseignant lambda arrive en classe avec la certitude de posséder un bagage humain et académique suffisant pour "gérer", comme disent mes élèves. En vérité, certains principes didactiques auxquels l’on croit de manière un peu dogmatique s’avèrent parfois être des freins. Prenons un exemple : le travail en séquence. Un enseignant essaie de construire un cours structuré qui permettra in fine à l’élève de réaliser une tâche. On appelle cela le travail en séquence. Les activités d’apprentissage s’enchaînent de sorte qu’il est parfois compliqué de faire l’une indépendamment de l’autre, surtout quand on avance dans la séquence.

Cette approche postule deux constantes : la présence régulière de l’élève en possession de son matériel, c’est-à-dire les notes de cours mais aussi, plus prosaïquement, de quoi écrire. Il n’est pas difficile d’apporter de quoi prendre note en classe, même si c’est parfois une forme de déresponsabilisation de l’élève, avouons-le. Il est beaucoup plus compliqué de réaliser certaines activités quand les élèves présents aujourd’hui ne sont pas ceux qui sont venus hier ou qui viendront demain. La répétition de ce qui a été dit ou fait, si elle permet aux absents de se remettre à flot, entraîne aussi son lot d’ennui… Et qui dit ennui, dit problèmes de gestion de classe. On en vient à concevoir des micro-leçons d’une période de cours qui se suffisent à elle-mêmes, ce qui est bien loin de ce que l’on enseigne en formation initiale et des principes didactiques auxquels on adhère parfois aveuglément.

Quid de l’absentéisme, ce fléau du qualifiant aux causes multiples : obligations familiales, job d’étudiant pour subvenir à ses besoins, fatigue chronique, etc. C’est par ce biais que j’ai appris la chose la plus importante depuis bien longtemps comme enseignant : valoriser celles et ceux qui viennent, plutôt que d’enrager sur les autres, les absents, permet d’augmenter l’estime de soi - et donc la motivation - de l’élève. Ce n’est pas une solution miracle à tous les problèmes précités, mais je sens que c’est le chemin à suivre.

Tout ceci me ramène à mon sujet de recherche : la motivation. Je ne vous apprends rien en disant que la motivation est multifactorielle. On a parfois tendance à externaliser les causes de cette motivation : l’élève n’est pas motivé, le contexte d’apprentissage est néfaste, l’environnement familial et/ou affectif ne favorise(nt) pas l’investissement scolaire, etc. Si toutes ces affirmations sont vraies, elles ne constituent, prises individuellement, qu’une partie d’une réalité intriquée. La question que je me pose est complémentaire : quel est l’impact du style motivationnel de l’enseignant sur la motivation de ses élèves ? Qu’est-ce que moi, enseignant, je peux mettre en place pour susciter la motivation ? Etre en contact avec des classes dites "difficiles" me conforte dans l’idée que nous, enseignants, avons un impact important sur la motivation de l’élève tout en ne disant pas que notre style d’enseignement est le seul facteur.


Titre et chapeau sont de la rédaction.