Opinions

L’école est inégalitaire, l’école est discriminatoire, l’école coûte cher, l’école est sexiste, l’école est longue est la liste des maux que la société impute à l’école. Oui, probablement que l’école pèche un peu par ce dont on l’accuse mais n’est-elle pas le reflet d’une société qui connaît les mêmes maux et qui ne parvient pas à les régler par ailleurs ? Peut-on exiger que l’école soit le premier - voire le seul - rempart de valeurs comme la justice sociale et l’équité, quand la société cultive le consumérisme, le luxe, le paraître et permet aux inégalités sociales de se développer?

L’école est une institution bien identifiable et en même temps suffisamment floue pour la désigner comme coupable sans incriminer d’individus. Pourtant, et par ce fait même, la société marque du sceau de la culpabilité tous ceux qui y déploient une énergie, une créativité et un dévouement au service des jeunes qui leur sont confiés. L’école se fait attaquer de toutes parts. La journée de la femme a été exemplaire à ce sujet. Les manuels scolaires sont sexistes et, bien sûr, les enseignants véhiculent, sans même s’en rendre compte dans le meilleur des cas, ces stéréotypes. Pauvres enseignants...

Pauvre école Il suffit de regarder tout autour de soi pour s’apercevoir que le sexisme n’est malheureusement pas l’apanage de l’école (tournez vos yeux vers la pub ou les magasins de jouets pour enfants par exemple). L’école est peut-être sexiste (combien d’enseignants masculins y a-t-il dans les écoles ?) mais est-ce cela le fond du problème ? Ne s’occupe-t-on pas de l’accessoire en délaissant l’essentiel?

Où est l’essentiel ? Il s’agit de (re)donner un rôle social et professionnel à l’école et une visée humaniste à ses formations. Pour le moment, l’école a perdu tout crédit, elle est dévalorisée et se technicise à outrance. On l’affuble même d’intentions qu’elle n’a pas, c’est le règne de la suspicion. Par exemple, quand la société permet aux jeunes de déposer un recours contre une décision du conseil de classe (en supposant donc que la décision est injuste et que l’école est arbitraire), que fait l’école ? Elle se soumet.

Quand la société laisse croire aux jeunes qu’ils peuvent réussir sans produire d’efforts, que leur maîtrise des apprentissages est atteinte quels que soient leurs résultats, que ce sont les autres qui sont responsables de leurs difficultés, que fait l’école ? Elle courbe l’échine. Quand la société promeut la gratuité de l’école alors que, partout, payer donne de la valeur aux objets et aux services, que fait l’école ? Elle ploie. Quand la société occulte le fait que grandir nécessite un guide, un cadre, des règles et le respect de soi et des autres, quand la majorité des procédures mises en place octroient des droits aux jeunes et imposent des obligations à l’école, que fait cette dernière ? Elle casse et surtout, elle risque de former des inadaptés, des nombrilistes, des assistés. Elle perd tout crédit...

Notre école est moribonde et nos institutions remettent une couche de ce qui a déjà montré ses limites : des décrets et des circulaires contraignant les établissements à respecter des procédures pour garantir une égalité bien hypothétique et dont l’école serait seule dépositaire. Cessons d’abattre l’école, et donc forcément ses acteurs. Ayons le courage d’un véritable changement en donnant des objectifs de formation tendant vers plus de réalisme, de responsabilisation, d’esprit d’entreprendre, d’exigence de qualité, d’humanisme et de liens avec le monde professionnel. Innovons en termes de méthodes d’apprentissage. Faisons confiance, donnons de l’autonomie aux écoles et en particulier aux directions, y compris dans le recrutement et la gestion du personnel enseignant, pour assurer une véritable cohérence entre ces objectifs et une mise en application du projet d’école. Il appartiendra alors à la société de se donner des moyens pour contrôler que les objectifs sont bien atteints.

Ne demandons pas à l’école de réussir des apprentissages difficiles tout en exigeant la réussite comme un droit et en prônant la facilité et la consommation dans la vie quotidienne. N’accusons pas l’école d’échouer là où la société montre ses insuffisances, ne prenons pas l’école pour la simple courroie de transmission de visées idéologiques tellement en désaccord avec la société qu’elles en deviennent irréalistes.

Une opinion de Barbara Dufour, enseignante au collège du Sacré-Cœur de Charleroi.