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La politique, c’est l’art du compromis, rappelait Thierry Jacques, président du MOC (LLB, 15/02/10). J’ajoute que la politique n’est donc pas l’art du bargaining, de la négociation win-win, du donnant-donnant. La décision politique n’est pas un accord conclu lorsque l’une et l’autre partie acceptent de lâcher du lest pour voir se réaliser rapidement leurs objectifs propres. L’ambition politique ne peut être réduite à un accommodement local entre porteurs d’intérêts plus ou moins partagés. Pourtant, aujourd’hui, l’idéologique est tourné en dérision, constitué en "œillères" plutôt qu’en appui pour avancer vers une société plus juste. S’y référer laisse presque toujours paraître des sourires en coin, teintés de mépris pour son manque de réalisme.

Mais où trouver alors le bien commun, référence incontournable pour penser la Cité? Pas moins aujourd’hui qu’hier, nous sommes en droit d’attendre du monde politique de penser et d’agir en références à des principes de justice pour le plus grand nombre. Au projet Città Verde, le monde politique peut opposer des ambitions participant à une réduction de l’utilisation de la voiture, qui permettront de constituer un monde vivable pour tous. Il peut avancer une politique à long terme qui s’inquiète du bien commun (qui dans le cas de l’écologie politique s’étend même au-delà de l’humanité, vers l’environnement physique dans lequel elle vit). On attend des politiciens une certaine consistance idéologique leur permettant de tenir le cap vers une évolution sociétale profonde, parfois lente et changeante. C’est dans cet espace que s’inscrit la position du ministre Philippe Henry (Ecolo), soutenu par diverses franges du monde progressiste.

Evidemment, le bien commun recherché par les écologistes peut être critiqué en faveur d’autres conceptions de l’intérêt général, d’autres "grandeurs". Nous vivons dans un monde pluriel, et heureusement ! C’est d’ailleurs sur cette base que peut se déployer la politique comme art du compromis. Mais la sortie de Paul Magnette (PS) dans "La Libre" de ce week-end ne va pas dans ce sens. Elle me semble plus "petite".

Il apparaît en effet que son argumentaire contre la décision de Philippe Henry se déploie en référence à quelques "projets" de courte portée. Certes, celui de la création d’emploi est louable, voire nécessaire. Mais tel qu’il l’a avancé, il s’inscrit dans une autre temporalité que celle des arguments initiaux. Bref, il limite la politique à la réalisation de quelques plans ou objectifs. Il s’engage sur des choix et des préférences, non sur des valeurs ou des convictions. Le débat prend alors la tournure d’une défense d’intérêts (peut-être majoritaires, mais là n’est pas la question) et s’écarte du propre de la discussion politique, ancrée dans des convictions, portée par des valeurs, tendue vers une prise en compte d’une communauté aussi large que possible.

Ce qui se donne à voir dans ce débat, ce sont deux conceptions du politique. D’un côté, celle du futur court, d’un exécutif cantonné à gérer les affaires courantes, ici et maintenant, un "gouvernement par objectifs" pourrait-on dire. Et de l’autre côté, celle de l’ambition sociétale élargie, prête à construire des compromis mais pas à jouer le jeu des concessions. Ecolo est capable d’inscrire son agenda politique dans une vision plus large de ce que constituerait un monde juste. Le PS semble aujourd’hui incapable de repenser des nouvelles figures du bien commun. Il paraît en manque des principes guidant la réalisation des projets concrets qu’il soutient, ceux-là même qui pourraient reconstruire une vision d’ensemble qui manque à ces progressistes.

L’Olivier, tant aimé de part et d’autre à en croire les déclarations, se renforcera dans la constitution de compromis sans compromission, non dans de simples chevauchements d’agenda.