Opinions

Les enfants sont destabilisés et l'équipe pédagogique est sur-sollicitée. Face à cela, la Fédération Wallonie-Bruxelles ne donne que de vagues réponses. Une opinion de Stéphanie Weisser et des parents des élèves de 5ème primaire de l’école Aurore (Jette).

Comme de nombreux parents, j’ai souvent vu passer des articles dans la presse sur la pénurie d’enseignants à Bruxelles. Chaque fois, j’ai compati, l’espace d’un instant. Puis, je me suis réjouie que mes propres enfants n’aient pas à faire face à cette situation. J’ai apaisé ma pointe de mauvaise conscience en me disant que les enfants étaient résilients, qu’ils rattraperaient leur retard, qu’il n’y avait pas mort d’homme, après tout.

Mais ça, c’était avant. Avant que l’institutrice de mon enfant ne se trouve en arrêt maladie et non remplacée pendant plus de six semaines. Et là, j’ai réalisé que l’impact d’une telle absence est loin d’être négligeable ; que les difficultés pédagogiques et humaines occasionnées étaient loin d’être anodines. Que les apprentissages étaient compromis, que les rythmes étaient perturbés, que l’équipe pédagogique restante était sur-sollicitée et que la stabilité affective et émotionnelle des enfants était mise à l’épreuve.

Alors, les questions ont commencé à se bousculer : comment les enfants vont-ils rattraper le retard déjà accumulé ? Quel sera l’impact sur leur scolarité ? Sur le CEB ? Sur leur avenir ? Comment vont-ils garder le goût d’apprendre, de faire des efforts ? Leur enseignante sera-t-elle un jour remplacée ? Que se passera-t-il si elle a, de nouveau, un souci de santé ?

Avec plusieurs parents, nous nous sommes tournés vers la direction, le pouvoir organisateur, la Fédération Wallonie-Bruxelles. Nous avons reçu des réponses vagues, des généralités : "le programme est prévu sur deux ans, ils auront le temps de rattraper leur retard", ou "vous savez, madame, c’est la pénurie", ou encore "à cette période de l’année, c’est impossible de trouver des professeurs remplaçants". Et, le plus souvent, on nous a dit : "nous ne sommes pas responsables, c’est la direction / le PO / la Fédération". Et on nous a conseillé d’alerter la presse, de harceler tout le monde, que c’était le seul espoir pour que les choses bougent.

Puis nous avons réalisé que cette situation concernait tout Bruxelles. Que quasi toutes nos connaissances, quelle que soit leur commune de scolarisation, étaient ou avaient été confrontées au problème. Le désarroi a augmenté, la frustration aussi.

Et là, c’est la colère qui domine. Pourquoi cette situation ? Comment en est-on arrivé là ? Et surtout, on fait quoi ? La pénurie d’enseignants a été déclarée, soit. Et ensuite ? On cherche activement des solutions ou on s’assied sur le bord de la route, en déplorant la situation, en attendant qu’elle passe d’elle-même ? L’évolution de la démographie bruxelloise est connue, c’est un fait observé et mesuré : les enfants concernés ne sont pas nés du jour au lendemain ! On demande au citoyen de se montrer prévoyant, avisé, d’anticiper les difficultés : de prendre une assurance santé, une assurance retraite, de payer ses impôts anticipativement, etc. Pourquoi nos responsables n’en font-ils pas autant ?

En tant que parents, nous demandons des comptes aux responsables. Il faut trouver des solutions rapides, pratiques, efficaces. Parce que nous sommes toutes et tous concernés. Parce que sont les enfants qui portent le poids de ce défaut de gouvernance. Parce qu’une pénurie d’enseignants, ce sont des enfants qu’on sacrifie.