Peut-on boycotter la science ?

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Opinions Dans "La Libre" du dernier week-end de juillet, un collectif revient sur la reconnaissance, le 21 mai dernier, par le CA de l’ULB du cercle étudiant BDS, qui prône le boycott économique, académique et culturel de l’Etat d’Israël en raison de la politique de ce dernier à l’égard des territoires palestiniens. Or cette "carte blanche" pourrait laisser penser que les voix qui se sont élevées en cette séance du CA contre la reconnaissance du cercle BDS obéissaient à un agenda extérieur auquel on aurait volontiers sacrifié le droit d’expression d’un groupe d’étudiants. Aussi, en vertu même du principe du libre examen défendu par ce collectif, il me paraissait nécessaire de reposer avec exactitude les termes du débat tel qu’il fut mené en CA.

Car c’est sur le boycott académique que le débat s’est concentré. Il ne s’agit pas ici de boycotter des produits, mais bien des hommes, qui dépendraient d’institutions académiques censées participer de près ou de loin à la politique de l’Etat israélien. Autant dire, tout scientifique israélien.

Or, les règlements de l’ULB précisent, avec cohérence, que tout cercle peut être reconnu, pour autant que ses statuts ne soient pas contraires à ceux de l’Université. C’est sur ce point que le débat s’est donc engagé. D’un point de vue juridique, il avait semblé que, dans la mesure où, en de rarissimes circonstances certes, l’ULB s’était prononcée en faveur du boycott d’institutions académiques, les statuts de BDS n’étaient pas contraires aux nôtres. La question devenait alors bel et bien "politique", au sens où il convenait de circonscrire plus finement la portée de l’article 3 qui régit la place de la collaboration scientifique dans le cadre de la réalisation de nos missions.

Beaucoup de membres du CA ont ainsi considéré que, sur une matière qui touchait directement au rôle de l’Université, il y aurait incohérence à soutenir que l’ULB rejette le boycott académique ou, à tout le moins, souhaite lui conserver un caractère totalement exceptionnel, tout en reconnaissant, dans le même temps, un cercle étudiant qui prône exactement le contraire.

Ce n’était pas ici un débat sur la liberté d’expression, celle d’une opinion parmi d’autres, comme cela aurait été le cas s’agissant du boycott économique. Les questions posées concernaient le sens de nos missions, de la collaboration scientifique internationale et de la spécificité de la science et de l’éducation par rapport, notamment, aux produits de consommation visés par un boycott économique.

Si l’on considérait que le cercle BDS ne répondait pas aux principes généraux énoncés dans nos statuts, nos règlements interdisaient alors la reconnaissance du cercle. Ne faisons donc pas dire aux membres du CA de l’ULB qui ont voté contre la reconnaissance du cercle BDS ce qu’ils n’ont pas voulu dire. Leur vote n’entendait pas dénier la situation injuste et pénible que vivent les Palestiniens, ni le caractère éminemment contestable de la colonisation israélienne de la Palestine.

Ce vote voulait simplement souligner que la science n’est pas à ravaler au rang d’un produit économique, qu’elle est le fait d’individus et que le "boycott d’individus" est toujours une décision dangereuse.

Qu’au-delà, le dialogue pacifique entre les peuples pouvait aussi se construire à travers la collaboration scientifique internationale. Et que l’article 3 de nos statuts devrait être interprété en ce sens. Ce n’était nullement réduire la liberté d’expression que de demander aux membres d’une communauté universitaire, comme le stipulent d’ailleurs nos propres règlements, d’accepter quelques principes fondateurs, comme celui qui situe la collaboration scientifique au-delà des conflits politiques ou idéologiques.

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