Opinions
Une opinion de Marthe Mathieu, ancienne directrice d'école secondaire.

Non, l’enseignement catholique n’est pas "dispensé" d’enseigner les compétences de citoyenneté. Archi-faux !

J’ai été sidérée par la méconnaissance des réalités dont témoigne la récente opinion signée du pseudonyme de Victor Parrhésiadès concernant le cours de philosophie et de citoyenneté ("Cours de citoyenneté ou lavage de cerveau ?", LLB 19/7/2017). Puisque la rédaction du journal la publie aux fins "d’alimenter le débat", je ne résiste pas à proposer mon éclairage.

Affirmer que l’enseignement catholique est "dispensé" d’enseigner les compétences de citoyenneté est complètement faux ! C’est presque le contraire : le réseau libre, à travers ses programmes et ses nombreux projets pédagogiques, enseigne et pratique déjà la plupart des compétences de citoyenneté, de façon transversale (comme le recommande Victor P. avec raison) et a organisé maintenant une mise en œuvre complète des objectifs du nouveau programme CPC à travers les différents cours, de façon précise et pointue.

Cette option, qui par ailleurs facilite beaucoup l’organisation de l’école, se montrera probablement plus efficace parce que plus continue, et a été approuvée par le Ministère.

Un réseau public fonctionnel

J’ai du mal à comprendre, d’autre part, le motif que Victor P. croit deviner à la prétendue dispense qui aurait été accordée (par qui ?) à l’enseignement catholique : ce réseau accueillerait une population privilégiée, d’où seraient exclus les "sauvages" (?) qu’il importe de "civiliser", lesquels se retrouveraient tous dans les écoles de l’Etat ? Voilà une hypothèse hautement fantaisiste…

Il y a longtemps que le réseau catholique est un "service public fonctionnel" qui accueille et éduque tous les élèves sans restriction. J’en ai fait l’expérience à Bruxelles durant vingt ans.

Mais voilà que dans l’enseignement officiel, "les directions les plus progressistes persuaderont les élèves de ne pas suivre le cours de religion/morale…" Encore un cliché qui sent son XIXe siècle : le progrès est proportionnel à la disparition de la religion. Mais, entre nous, pour des "progressistes", utiliser "des stratégies pour pousser les élèves à opter pour la dispense…", est-ce bien compatible avec la prétention de "les aider à penser par eux-mêmes" ?

Enfin, considérer que "faire donner un cours de philosophie par des croyants, c’est faire tourner le monde à l’envers" laisse rêveur. L’histoire de la philosophie est jalonnée de croyants illustres, qui ne se sont d’ailleurs pas privés de critiquer la dogmatique de leur religion sans renier leur foi pour autant : Spinoza, Pascal, le grand Hegel, Henri Bergson, Martin Buber, Jean-Luc Marion, reconnus comme d’éminents philosophes.

Monsieur Victor pense sans doute aussi qu’un croyant ne peut pas être un bon scientifique. Il balayerait sans états d’âme Teilhard de Chardin ou Georges Lemaître, qui étaient non seulement croyants mais, circonstance aggravante, prêtres…

Merci à tous ces travailleurs !

Cependant, si je dénonce les failles de ses analyses, je suis en plein accord avec mon collègue Victor quand il affirme que la mission des enseignants est avant tout, par les temps qui courent, d’apprendre aux élèves à réfléchir, à critiquer les sources, à penser par eux-mêmes.

Il a raison quand il termine en faisant appel aux professeurs, pour qu’ils inventent des méthodes et des cours intéressants, à travers - voire malgré - les programmes médiocres ou farfelus concoctés en chambre par des pédagogues de cabinet.

Des professeurs passionnés, qui se décarcassent pour rendre leurs élèves capables de penser librement, il y en a heureusement beaucoup. Et ce n’est l’apanage d’aucun réseau. Que tous ces travailleurs de la pensée, qui portent à bout de bras les générations montantes, soient bénis et remerciés !