Opinions

Les résultats sont tombés, ils ne sont franchement pas bons.

Panique à bord. Les modèles ressortent. Voici le modèle finlandais: écoles aux publics mélangés, tronc commun allongé. Ça marche, paraît-il, en Finlande (si c'est Pisa qui le dit...).

On peut s'interroger au passage: pourquoi pas le modèle coréen? Et pourtant... La Finlande, sa mentalité protestante, sa culture égalitariste, l'homogénéité de sa société, son peu d'ouverture aux populations immigrées (géographie oblige?) est-elle proche de notre réalité en Communauté française?

Bref, prenez le modèle; appliquez, le tour est joué. Après trente ans de rénové, d'école de la réussite, de pédagogie différenciée et de la réussite, allez faire comprendre et vivre cela aux acteurs quotidiens de l'école: élèves, professeurs, parents. Expliquez-leur que les classes d'aujourd'hui sont trop homogènes, qu'il faut forcer des élèves qui en ont marre depuis le premier jour à rester dans le tronc commun.

Alors, ne rien faire, me direz-vous? Et si nous regardions vers la Flandre, non pas pour appliquer un pseudo-modèle flamand mais pour tirer des informations de l'évolution d'une institution, il y a peu si proche de la nôtre et dont les résultats sont aujourd'hui à ce point divergents.

Loin de moi l'idée de nier les différences socio-économiques et démographiques qui pourraient expliquer en partie ces résultats différents. Toutefois quand on a côtoyé l'école flamande, ce qui frappe, c'est sa stabilité. En tant que parents, on peut s'y retrouver. Passéiste alors? Non, même si elle n'a pas vécu une série de réformes, par certains aspects, l'école flamande est résolument post-moderne. Dans l'école catholique anversoise qu'a fréquentée l'un de mes fils, le règlement autorisait deux jours d'absence pour les élèves juifs et musulmans à l'occasion de leurs fêtes religieuses mais l'uniforme restait de mise. L'éducation sexuelle et affective, ainsi qu'à la santé était drôlement branchée, l'apprentissage mathématique centré sur les compétences mais certains points du règlement étaient «bêtes et méchants» (trois bêtises signalées dans le journal de classe, que ce soit l'oubli d'un devoir ou une réponse impertinente «valaient» une retenue).

L'école flamande a évolué mais elle l'a fait avec confiance en elle-même et dans la continuité. Les options n'ont pas été multipliées et grâce à cela, les élèves dans les classes de cours généraux sont moins nombreux. C'est capital pour la maîtrise de la langue et l'aide aux plus faibles. Les élèves redoublent moins mais ils sont réorientés (ce qui est l'inverse du modèle finlandais). Le professeur adapte son cours à la filière (tiens tiens, les classes seraient donc plus homogènes ???). La mémorisation n'a pas été dévalorisée ce qui permet d'avoir un socle de savoirs installés. Les professeurs disposent de livres et d'outils pour installer des compétences et ne sont pas transformés en éternels chercheurs assaillis par les doutes... et les parents.

Il n'y a pas de modèle flamand, il y a une école flamande pragmatique qui a su allier continuité et changement en préservant assez bien (tout n'est pas parfait) la confiance de tous les acteurs.

L'école est une machine lourde, complexe, ancrée dans un terreau culturel. L'école, ce sont des hommes et des femmes qui la construisent au jour dans les classes; sans leur adhésion, l'institution se délite. Les slogans qui déstabilisent parce qu'ils paraissent tellement déconnectés des réalités («tous bilingues en 2005», «l'école de la réussite»...) doivent rester au placard, les doctrines qui vous disent que tout ce que vous avez fait avant c'était pas terrible, aussi.

Tout ce qui aidera à ramener la confiance de tous les acteurs dans les écoles et aidera les enseignants à faire classe doit être aujourd'hui privilégié.

professeur de géographie

et conseillère pédagogique

© La Libre Belgique 2004