Opinions
Une opinion de Grégoire Junior Kabasele, citoyen belgo-congolais.

Plutôt mourir debout que de vivre à genou. Le passé, avec l’exemple de Patrice Lumumba, aide à construire l’histoire.

Le passé nous aide à comprendre l’avenir. Dans un Zaïre (1) colonial, la majeure partie de la population avait baissé les bras face à l’oppression qui était beaucoup trop forte. Lorsqu’il nous est impossible de percevoir le bout du tunnel, nous avons tous tendance à abandonner, perdre courage et l’envie de se battre. Certaines personnes perdaient leurs mains à coup de hache, car ils ne voulaient pas financer un port qu’ils ne verraient certainement jamais. Par vengeance, des maisons étaient pillées et des colons chassés suite à l’annonce d’indépendance le 30 juin 1960. Dans ce capharnaüm épouvantable, l’espoir avait disparu et les pleurs marquaient le visage de ceux ayant tout perdu.

"Plutôt mourir debout, que de vivre à genou", disait le révolutionnaire mexicain Emiliano Zapata (1879-1919). Pourtant, dans cet instant prégnant, un homme n’avait pas perdu la flamme présente sur notre drapeau zaïrois. Cet homme n’avait pas oublié que même si la nuit est longue, le soleil finit toujours par apparaître. Cet homme devient alors l’image de la liberté, de la témérité et de la pugnacité. Figure emblématique et martyre de l’indépendance zaïroise, il est une icône pour les générations présentes et futures. Son histoire est racontée par-delà les frontières de l’Afrique. Il a permis au Zaïrois-e-s d’être fier-es de leur pays et nous a enseigné à mettre l’intérêt général au-dessus des intérêts personnels. Aux yeux de certains, il a perdu la vie. Pourtant, nous savons qu’il vit en chaque personne soucieuse du respect de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789). Notamment dans son article 1, déclarant : "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits […]"

L’indépendance a un prix et celle-ci a un nom : il vit en nous ! La Belgique honore feu monsieur le Premier ministre Patrice Emery Lumumba. Un homme qui a fait battre le cœur du Zaïre tout entier par son sang. Avec ou sans place à son effigie, l’histoire se souviendra de lui. Car l’histoire est écrite chaque jour par des femmes et des hommes affranchis. Sache que : "L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté." Patrice Emery Lumumba (1935-1961).

(1) Je parle du Zaïre car ce nom est rempli de sens pour nous. Le Congo est un nom qui nous a été imposé. Le Zaïre représente une période où le sentiment de patriotisme était fort. Le Zaïre représente également nos années glorieuses et c’est le début de notre indépendance.


Le contexte

Le square du Bastion , à Bruxelles, a été rebaptisé le 30 juin dernier, square Lumumba, en l’honneur de l’homme politique congolais assassiné en 1961. Situé à côté de la station de métro Porte de Namur, à l’angle de la chaussée d’Ixelles et de la rue du Champ de Mars, le site a été choisi pour sa position au cœur du quartier Matonge, tout comme la date de l’inauguration qui marque le 58e anniversaire de l’indépendance du Congo.

La diaspora congolaise s’est battue longtemps pour obtenir ce que Philippe Close, le bourgmestre de Bruxelles-Ville, perçoit comme un "geste de réconciliation". La décision avait été votée à l’unanimité en avril dernier par son conseil communal. Des membres du mouvement "Les Congolais Debout" en ont profité pour organiser une marche contre le régime du président Kabila.