Opinions

Une opinion de plus de 750 citoyens (1).

Après l'appel de plus de 1000 enseignants lancé mardi pour préserver les matières, une lettre aux parlementaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles afin que les choses changent plus en profondeur.

Pour un débat sans tabou
sur le contenu du tronc commun

Définir le contenu du futur tronc commun constitue un enjeu essentiel. Il s’agit en effet de dire à quoi seront consacrées les 10.000 heures que nos enfants passeront à l’école entre 6 et 15 ans.

Ce débat est ouvert dans le cadre du Pacte pour un enseignement d’excellence. Malheureusement, les propositions des pilotes et négociateurs de ce Pacte restent trop engoncées dans la vieille tradition scolaire faite de découpages disciplinaires et de guerres de tranchées entre elles. Elles ne font pas davantage rupture avec un projet éducatif qui consiste pour l’essentiel à préparer les individus à la lutte des places et à la recherche de la performance économique. Elles ne prennent pas la mesure des défis d’une génération qui devra sortir l’humanité des logiques aliénantes et déshumanisantes que nous avons laissé se déchaîner.

A l’heure où il n’est plus temps de rénover l’école mais de la repenser en profondeur, nous pensons que ces propositions ne peuvent pas servir de cadre au débat. Nous ne voulons pas d’un énième toilettage d’un modèle épuisé. Nous voulons repartir d’une page blanche et commencer par discuter en profondeur des finalités de l’éducation (et de nos désaccords à ce propos).

Dans ce débat, nous voulons défendre l’idée que notre défi commun est l’avènement d’une tout autre humanité, où la quête de toute-puissance serait remplacée par la modération, la tolérance par la fraternité, l’aide ponctuelle par la solidarité structurelle, l’égalité des chances par la réduction drastique des inégalités de pouvoir, de reconnaissance et de revenus, l’innovation aux mains du marché par l’innovation d’intérêt général, la gouvernance technocratique par le gouvernement démocratique.

Depuis des lustres, notre communauté belge francophone n’a pas eu l’occasion de débattre en profondeur de l’usage du temps considérable que nos enfants passent à l’école. Nous réclamons à présent un large débat, ouvert et sans tabou, partant des finalités et définissant sur cette base les curricula et les conditions à réunir pour que les professionnels puissent mener à bien l’ambitieux projet dont nous les chargerions.

Nous exhortons le Parlement à reprendre en main ce dossier essentiel et à dégager avec nous une voie alternative là où beaucoup affirment qu’il n’y pas d’alternative. L’enjeu est à ce point crucial que les mois de débats ne seront pas du temps perdu.

--> (1) Voici la liste des signataires réunis à l'initiative du mouvement Tout autre chose: