Opinions Une opinion de Benjamin Daro, avocat sensible à la défense de l'environnement.

Selon le dernier rapport des Nations unies, la population mondiale atteindra 9,8 milliards d’individus en 2050. De l'autre côté, les ressources naturelles s'amenuisent. En dépit des appels de la communauté scientifique, le problème reste ignoré par nos dirigeants.

Si l’époque implique que nous soyons familiarisés avec un jargon scientifique maussade et des termes chagrins tels que "empreinte carbone", "réchauffement climatique" ou "épuisement des ressources naturelles", il en est un qui passe encore trop souvent inaperçu : "la croissance démographique".

L’ampleur du problème démographique, révélé dès le XVIIIe siècle par Thomas Malthus, se profile pourtant très nettement à la lecture du rapport des Nations unies du 21 juin dernier sur l’évolution de la démographie mondiale. En effet, selon les prévisions médianes des experts onusiens, la population mondiale devrait augmenter d’un milliard d’individus dans les quinze prochaines années et atteindre 9,7 milliards d’individus en 2050 et 11,2 milliards en 2100. Au rythme actuel de la croissance démographique, c’est donc l’équivalent de la population allemande qui s’ajoute annuellement au nombre des habitants de notre petite planète.

Cette forte expansion implique que les besoins en ressources naturelles vont encore aller croissant. Or, ces ressources s’amenuisent de façon préoccupante en raison du réchauffement climatique, de l’appauvrissement des sols et de la surexploitation des ressources halieutiques, notamment.

Il faut réduire la population

En 2005, Claude Lévi-Strauss évoquait déjà ces ravages en relevant "la disparition effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végétales ou animales, et le fait que du fait même de sa densité actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne." Le Fonds des Nations unies pour la population affirme même aujourd’hui que le réchauffement planétaire ne peut être endigué que par une réduction massive de la population mondiale.

En dépit de ces appels de la communauté scientifique, le sujet est totalement ignoré par nos dirigeants. Comment expliquer autrement une récente campagne publicitaire du gouvernement danois incitant ses ressortissants à faire l’amour le plus souvent possible pour lutter contre la baisse de la natalité ?

Cette politique à contre-courant des recommandations scientifiques trouve sa source dans la problématique du financement des retraites ainsi que dans le postulat trompeur, mais fortement ancré dans le monde politique, selon lequel croissance démographique rime nécessairement avec croissance économique.

L’impact environnemental

Mais l’urgence du problème demeure. En effet, même si l’humanité devait rapidement réduire son impact écologique par un changement radical de ses modes de consommation, il y a fort à parier que 11 milliards d’individus éco-responsables auront toujours un impact plus important sur l’environnement que les quelque 7 milliards d’humains actuels.

Cette présomption vient d’ailleurs d’être confirmée par une étude suédoise, publiée début juillet dans la revue "Environmental Research Letters", selon laquelle la mesure individuelle la plus efficace pour réduire son empreinte carbone consiste à faire moins d’enfants.

Les solutions de la nature

Alors que faire ? Comme bien souvent, la nature nous offre un début de solution. Bon nombre d’espèces animales mettent, en effet, en place des mécanismes de régulation de leur population.

Si l’on préférera sans doute éviter de se livrer comme les alligators au cannibalisme infantile en fonction des contingences environnementales, ou de recourir comme l’a fait la Chine à une politique trop attentatoire aux libertés fondamentales, la solution réside toutefois bien dans la mise en place de politiques visant à contenir l’expansion problématique de notre espèce.

Pour certains, comme M. Yves Cochet, la solution passe d’abord par la suppression des incitants contraires à cet objectif. Ce député Vert de Paris milite en conséquence pour une limitation des allocations familiales. Mais si cette proposition a le mérite d’ouvrir le débat de l’opportunité de maintenir une politique nataliste au XXe siècle, alors que les scientifiques répondent clairement à cette question par la négative, elle ne supprimera toutefois pas la véritable source du problème.

Priorité à l’éducation

Les experts nous indiquent, en effet, que la croissance démographique est principalement le fait des pays dits "émergents". D’ici 2050, la moitié de la croissance démographique mondiale devrait se concentrer dans neuf pays : l’Inde, le Nigeria, le Pakistan, la République démocratique du Congo, l’Ethiopie, la Tanzanie, les Etats-Unis, l’Indonésie et l’Ouganda. A l’échelle mondiale, la solution réside donc dans l’aide au développement et, tout particulièrement, dans le financement de l’éducation.

L’éducation permet, en effet, aux femmes de s’émanciper et aux familles de pouvoir compter sur des sources de revenus, peut-être moins nombreuses, mais plus importantes. Cette politique progressiste a déjà fait ses preuves. A titre d’exemple, un programme de diffusion de la contraception lancé fin 1989 en Iran, conjugué à la croissance et au progrès de la scolarisation, a permis de faire chuter la natalité de moitié en 9 ans.

Voilà une piste de réflexion à emprunter de toute urgence, à l’heure où l’aide aux pays en voie de développement est bien souvent l’une des premières victimes des mesures d’économie prises par nos dirigeants. En tout cas, il est peut-être temps de revoir l’adage "plus on est de fous, plus on rit", sous peine de bientôt tous rire jaune.

-> Parmi les sources qui ont contribué à la rédaction de cette opinion : "Académie des Sciences, Démographie, climat et alimentation mondiale" (in : Rapport sur la science et la technologie, n°32, EDP Sciences, Paris, 2011), "World Population Prospects" (Department of Economic and Social Affairs, New York, 2015), "Agrimonde, Agriculture et alimentation du monde en 2050 : scénarios et défis pour un développement durable" (Rapport INRA-CIRAD, Paris, 2009), "L’évolution du nombre des hommes" (J.-N. Biraben, in : Population&Sociétés, 1993), "De l’animal à l’homme : le mécanisme autorégulateur des populations traditionnelles" (J. Dupâquier, in : Revue de l’Institut de Sociologie de France, 1972), "Essai sur le principe de population" (Thomas Robert Malthus Paris, 1963).


http://www.unfpa.org/fr/changements-climatiques

www.anglia.ac.uk/ruskin/en/home/microsites/global_sustainability_institute.html

https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/animaux-marins/les-alligators-mangent-leurs-enfants-pour-controler-leur-population_6599