Opinions

Une opinion d'Alain Destexhe, sénateur MR, député de la Fédération Wallonie-Bruxelles et co-auteur de "L’école de l’échec, comment la réformer?" (2004).


Les résultats des épreuves du certificat d’étude du premier degré (CE1D) montrent que le taux de réussite en mathématiques des élèves de seconde année du secondaire est de 53,3% seulement et le score moyen n’est que de 50,6%. Il s’agit du plus faible résultat en cinq ans.

Un constat désespérant mais guère surprenant à la lumière des études PISA qui attestent régulièrement du retard catastrophique en mathématiques des élèves de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Un résultat qui devrait pousser le "cancre francophone" à s’inspirer des bons élèves en cette matière. Pourtant, aucun chantier de rattrapage n’a été entamé ces dix dernières années par les gouvernements successifs qui préfèrent se cacher derrière l'excuse de la correction des inégalités plutôt que de s’atteler à un nivellement par le haut du niveau en mathématiques. Selon le programme du Parti socialiste (2014), "Les bons élèves progressent entre eux tandis que les élèves les plus faibles sont freinés dans leur évolution (…)". [1]

Des bons élèves pas si bons que ça

De bons élèves? Certes, mais peu nombreux! En mathématiques, selon les données PISA (2012), la proportion d’élèves bons et très bons est de 12% pour la Fédération Wallonie-Bruxelles pour 25% en Flandre. Quand on sait l’importance des maths pour les métiers d’avenir (ingénieurs, gestion, finance, économie digitale et bien d’autres), il y a de quoi être inquiet de cette différence qui n’est jamais mise en avant.

Pour remédier à cette situation, nul n’est donc besoin d'aller bien loin : les élèves flamands sont parmi les meilleurs du monde en mathématiques et, certaines années, les meilleurs d’Europe ! La différence avec l’enseignement francophone est de 40 points aux tests PISA, correspondant à un an d’enseignement!

Un suivi quotidien en Flandre

Mes enfants ayant effectué une partie de leur scolarité dans l’enseignement néerlandophone, j’ai pu constater que des pratiques élémentaires en Communauté flamande auraient certainement un effet révolutionnaire en Communauté française. Dans l’enseignement flamand, chaque élève, tout au long de son cursus dans l’enseignement primaire, dispose en effet chaque année d’un manuel scolaire, en fait un cahier d'exercices pratiques : pendant les 36 semaines de l’année scolaire, sur base de la théorie enseignée, chaque élève devra s’atteler à réaliser une page d'exercices quotidiens en classe ou à domicile, clairement numérotée, jour après jour (de un à cinq), semaine après semaine (de une à trente-six).

Cette méthode, nécessitant peu de moyens, repose sur d’excellentes bases. D’une part, le professeur dispose d’une ligne directrice dans la réalisation du programme et d’indications sur les prérequis absolument nécessaires avant de pouvoir entamer les notions suivantes d’un niveau de difficulté supérieur. L’absence de manuels en Fédération Wallonie-Bruxelles conduit parfois à un véritable "zapping" de tranches de matières sans liens apparents entre les différents sujets abordés. [2]

D’autre part, professeurs et parents peuvent suivre en temps réel les progressions, blocages et lacunes de l’élève : immédiatement repérées, ces difficultés sont plus aisément surmontables. Il s’agit d’un point d’autant plus fondamental que l’échec observé les années suivantes en mathématiques est souvent issu de lacunes anciennes et jamais comblées.

Les nombreux parents d’élèves scolarisés dans l’enseignement primaire en Fédération Wallonie-Bruxelles avec qui j’ai pu échanger, m’ont fait part de feuilles volantes, au mieux photocopiées, et, souvent, d’une absence de cohérence dans le traitement des chapitres au programme. Pourtant, il est plus aisé de passer de Camus à Voltaire que des additions aux équations. Ainsi, si dès les primaires, les tables de multiplication ne sont pas acquises, si les fractions ne sont pas comprises et la règle de trois oubliée, il n’est pas possible pour l’élève de comprendre la matière des années suivantes, notamment la résolution des fameux problèmes qui posent tant de… problèmes!

Évidemment, en Communauté française, sur le papier, des groupes de travail d’experts sur la question rendent des conclusions qui ne débouchent sur aucune proposition pratique. J'ai même lu un rapport qui liait l'échec scolaire à la crise bancaire de 2008! Pourquoi faire simple (un manuel d’exercices pour chacun) lorsqu’on peut faire compliqué… pour ne rien changer?

Les asiatiques, as des mathématiques!

Les clichés reposent souvent sur des vérités : la Région de Shanghai, Hong Kong, Singapour, Taïwan, Corée, Japon peuvent s’enorgueillir de leurs brillants résultats en mathématiques, les meilleurs aux tests PISA. Si Obélix était tombé dans la marmite, les pays asiatiques sont élevés à la pratique des mathématiques, appréciée à juste titre comme un tremplin pour l’avenir.

En plus de l’enseignement prioritaire des mathématiques lors de leur cursus scolaire, les Asiatiques y sont également encouragés lors d’activités extrascolaires qui consistent en des cours du soir, le week-end ou même des stages qui réussissent à mêler aspects théoriques et ludiques. L’aspect ludique est très important et est souvent négligé en Communauté française. En Flandre, dans le fondamental, les exercices s’appuient souvent sur des jeux ou des situations réelles.

J’ai pu moi-même constater comment grâce à des opérations mnémotechniques basées sur la mémorisation de l’utilisation d’un boulier, les jeunes taïwanais étaient capables dès la deuxième ou la troisième primaire d’effectuer mentalement et très rapidement des opérations de calcul déjà complexes comme par exemple 732-497. Un grand moment d’étonnement pour le parent que je suis!

Mais comme déjà mentionné, nul besoin de regarder si loin, la Flandre a déjà quelques leçons à nous apprendre en la matière. Malheureusement constats et propositions d’amélioration sont connus depuis plus de dix ans [3]… sans que rien ne change.



[1] Programme du Parti Socialiste - Chapitre Enseignement Obligatoire - 2014.

[2] Maurice Bayenet.

[3] Voir notamment DESTEXHE Alain, VAN VANDENBERGHE Vincent et VLAEMINCK Guy, "L’école de l’échec, comment la réformer?", Editions Labor, 2004.