Opinions

Une opinion de Matthieu Schlögel, chercheur (1).


Les jeunes chercheurs se bousculent pour décrocher des fonds. Mais le manque de financement constitue souvent le principal obstacle vers le premier job qu’est leur thèse de doctorat.

Les laboratoires de recherche des universités belges et étrangères sont principalement peuplés de jeunes chercheurs réalisant leur thèse de doctorat, sous la tutelle d’un ou plusieurs promoteurs. C’est principalement eux, ainsi que les post-doctorants, qui produisent les données permettant de mener à bien leur projet de recherche sur une durée de 4 à 6 ans. Seulement, avant de s’intéresser à la science, les candidats doivent trop souvent s’attarder à chercher un financement. Et cette quête est loin d’être simple.

En fonction du sujet de recherche, du parcours académique et des mentions du diplôme, le candidat doctorant pourra chercher différentes options afin de pouvoir bénéficier d’un salaire pendant ses années de thèse. Toute recherche fondamentale commence donc par une recherche de fonds.

En ce qui concerne la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’opération caritative Télévie, dont la grande soirée de clôture du 25 avril dernier a permis de récolter la somme record d’environ 9,5 millions d’euros, ne sélectionne que les projets concernant la compréhension et la lutte contre le cancer. Cette année, 110 projets de recherche sur 171 vont pouvoir être financés grâce à la générosité des Belges.

Pour tous les autres sujets scientifiques n’ayant pas de lien direct avec le cancer, les candidats au parcours académique exemplaire peuvent tenter de décrocher une bourse d’aspirant du Fonds national pour la recherche scientifique (FNRS). Ce fonds est essentiellement nourri par les trois quarts du budget "Recherche" de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Ce type de financement est extrêmement compétitif puisque par exemple, dans le secteur des sciences de la santé de l’Université catholique de Louvain, une seule bourse est accordée par an à un(e) étudiant(e) souhaitant entamer un doctorat. A noter qu’il s’agit ici d’une sélection uniquement basée sur le CV du candidat.

En cas de refus, les candidats les plus motivés se tourneront vers la bourse FRIA (Fonds pour la formation à la recherche dans l’industrie et dans l’agriculture) dont la sélection se fait sur base du projet de recherche, du CV du candidat mais surtout d’une défense orale. Il est aussi important de noter ici le délai entre le dépôt de la demande et l’acceptation officielle : 4 mois. La plupart des candidats sont donc contraints à travailler dans leur laboratoire sans salaire durant cette période.

Enfin, les fonds privés ou étrangers représentent des options pour le candidat chercheur mais ceux-ci sont également extrêmement sélectifs en raison du peu de mandats financiers dont ils disposent.

N’oublions pas qu’à côté du financement des chercheurs (salaires), les laboratoires sont également confrontés à un manque de subsides pour leur équipement et leur fonctionnement. Ici aussi, les laboratoires se tournent de plus en plus vers des fonds privés (mécénats) ou étrangers (Fonds européens ou américains). Actuellement, la motivation ne suffit donc plus pour entamer une thèse de doctorat. La raison financière est le principal obstacle entre le jeune diplômé et une possibilité de premier emploi qu’est une thèse de doctorat.

Ces recherches incertaines de financements compromettent souvent la motivation des jeunes. Pourtant, il est évident que la recherche, en développant les connaissances théoriques et techniques et en produisant de nouvelles technologies, est le principal moteur de création d’entreprises comme les nombreuses spin off des universités, et donc d’emplois nécessaires au redéploiement économique.

De ce fait, il est indéniable qu’une recherche de pointe participera à la croissance économique belge et mondiale, comme l’a récemment rappelé le professeur Pissarides, prix Nobel d’économie et prof à la LSE (London School of Economics and Political Science).

Nous avons la chance d’avoir en Belgique des universités, centres de recherche et chercheurs d’un très bon niveau à l’échelle mondiale. Espérons que nos politiques fédérales, communautaires et régionales réaliseront à temps le potentiel de la recherche en Belgique, avant que l’envie des jeunes chercheurs ne s’amenuise au péril de l’innovation.

(1) Ecrit avec Géraldine De Preter.