Opinions Rares sont celles qui osent interrompre leur carrière quelques années. On les comprend, mais… L'opinion de Monique Mordale, arrière-grand-mère comblée.

Puis-je ? J’aimerais tirer mon chapeau à une génération, la mienne, sans verser dans l’auto-encensement.

Nous avons eu nos enfants, à la queue leu leu parfois. Une dame française m’a un jour posé la question : "Vous les avez voulus comme cela ?" Plutôt désarçonnée j’ai répondu : "On ne se posait pas la question." Comme nos mères, qui en avaient eu autant, ou plus. Nous n’avions d’autre issue que d’assumer notre tâche noble : seconder en toutes choses notre mari (en d’autres mots lui enlever les soucis inhérents à une maisonnée), gérer donc et élever notre marmaille, si chérie qu’elle nous absorbait totalement. Non, il n’était pas question de burn out suite à un accouchement. Non, il n’y avait pas de crèches, d’ailleurs c’eût été mal vu d’y "déposer" son enfant.

Celles (que nous admirions) qui s’évertuaient à aller travailler se débrouillaient, les unes avec plus de chance que d’autres, ayant la possibilité d’avoir des aides au foyer : nurse, servante, femme de ménage (dénominations surannées, je le sais). Personnellement il m’est arrivé de m’entendre dire : "Toi qui n’as rien à faire." Ce monsieur considérait que travailler s’appliquait uniquement aux activités extérieures à la maison.

Tant bien que mal, nous cherchions notre équilibre mental dans l’un ou l’autre hobby, ou bénévolat. Dans l’amitié aussi. Pour ne pas tourner en rond dans les tâches ménagères. Où les nouvelles techniques et autres automatisations faisaient peu à peu leur apparition, heureusement. Conséquence : pas de revenu personnel, pas d’indépendance financière. Rogner sur l’argent du ménage, géré par le père de famille peu au courant du prix d’un pain ou d’un kilo de tomates, pour se permettre un petit quelque chose, voire un cadeau pour ce papa, donnait tout de même un brin de mauvaise conscience.

Conséquence encore : pas de pension. Il y a le montant alloué ; précisons : heureusement augmenté, une fois veuve, Où veux-je en venir ? D’abord, oui, chapeau pour celles qui combinent avec énergie et, espérons-le, réussite, travail au-dehors de la maison et sa gestion, partagée de plus en plus, ou non, par le mari/partenaire. Chapeau aux jeunes femmes de la génération de mes petites-filles.

Pourtant, je pense qu’elles cèdent, inconsciemment sans doute, moult petits bonheurs à d’autres. Les premiers pas, les premières phrases souvent. De voir évoluer et s’épanouir les enfants, chacun et chacune à son rythme propre et original. Et elles n’entendront jamais la merveilleuse petite phrase : "Tu étais toujours là." Ce qui fait partie des compensations multiples qu’un esprit qui se veut ouvert découvre tous les jours.

Restons les pieds sur terre : si le métier de mère-au-foyer trouvait une appréciation financière honnête, toutes les jeunes femmes ne se sentiraient pas obligées de chercher du travail en dehors. Cela relève de l’utopie, d’accord : additionner le salaire d’une puéricultrice, d’une aide ménagère, d’une baby-sit, et j’en passe, donnerait une somme à laquelle aurait droit la maman au foyer.

Qui la payerait ? En premier lieu, le père, qui déduirait ce montant de son salaire quand le fisc s’y intéressera. Puis, vu que l’État subsidie les métiers prénommés, il pourrait le faire également pour la maman assumant ces diverses fonctions, tout simplement chez elle. La femme ne serait plus "à charge", mais travailleuse indépendante. Avec tout le "rim-ram" d’obligations sociales. Tant de systèmes ont vu le jour pour s’intégrer à la "structurite" régnante, qu’instaurer cela ne devrait guère rencontrer de difficultés. Utopie, vous disais-je… Discussion que je laisse à d’autres, plus compétents en la matière.

Rares sont celles qui osent interrompre leur carrière pour quelques années. On les comprend, après les études faites avec passion. Avec un grain de mélancolie, pour elles.

Bonne rentrée à tous !