Opinions

Une chronique de Jan De Troyer.

Pour les partis au pouvoir, à la Ville de Bruxelles ou dans le gouvernement régional,  le pire cauchemar bruxellois se résume en trois caractères : N-VA.

En Flandre, on aimerait connaître les suites données au scandale du Gial, cette ASBL de la Ville de Bruxelles qui a rémunéré un directeur pendant 17 ans à concurrence de 1250 euros par jour via un contrat de consultance conclu sans aucune mise en concurrence. Le bourgmestre Philippe Close a déjà fait comprendre que la Ville veut absolument maintenir autour de l’administration communale un ensemble opaque d’ASBL. Ce réseau nébuleux permet de régler, en dehors de tout contrôle démocratique auquel sont soumises les administrations, des combines de toutes sortes. On peut y nommer des amis politiques, leur accorder des privilèges, acheter de grosses voitures en leasing et engager des chauffeurs pour répondre aux exigences des apparatchiks. Ces ASBL sont le terreau par excellence pour financer des projets en dehors des budgets communaux. Leurs conseils d’administration sont peuplés par les serviles sherpas des partis politiques au pouvoir.

A Bruxelles-Ville, où le PS est au pouvoir depuis 2000, c’est évidemment ce parti qui a profité le plus de ce système. Mais des situations similaires existent dans d’autres villes du Nord et du Sud, avec des sherpas d’autres couleurs politiques.

On a beau fulminer contre le populisme, en réalité, on le nourrit en maintenant des structures de pouvoir ténébreuses ou en déclarant comme l’a fait l’ex-présidente du Gial, Karine Lalieux, en cherchant des excuses, que "1 250 euros par jour est un prix normal en consultance". Ce n’est pas là la question. L’abus consiste évidemment dans le fait que ce directeur a facturé sans interruption pendant 17 ans, permettant ainsi à l’employeur d’éluder les cotisations sociales. Comme quoi elles sont une bénédiction pour le peuple, sauf quand on doit les payer soi-même comme employeur. Pour freiner le populisme, on pourrait arrêter de prendre les citoyens pour des idiots, surtout quand on appartient à un parti qui prétend défendre la sécurité sociale.

Pour les partis au pouvoir, à la Ville de Bruxelles ou dans le gouvernement régional, tant du côté flamand que du côté francophone, la hantise n’est pas la déconfiture bruxelloise. Pour le SP.A, le VLD ou le CD&V, tout comme pour le PS, Ecolo ou Défi, le pire cauchemar bruxellois se résume en trois caractères : N-VA, le parti pour qui la déliquescence bruxelloise est un don des dieux. Déjà en décembre 2017, le parti de Bart De Wever avait obtenu dans un sondage RTL-VTM un score de 6,1 pour cent, preuve du soutien de certains Bruxellois francophones. Un tel résultat aux élections régionales de 2019 se traduirait en une majorité décisive de 9 sur 17 sièges parlementaires bruxellois réservés aux Flamands. Pour le patron du MR bruxellois, Didier Reynders, c’était une raison pour partager avec Bart De Wever les plaisirs de la table chez Bruneau. Ce petit dîner aux chandelles, annonçant une liaison MR - N-VA, a partout déclenché les sonnettes d’alarme.

Hanté par le spectre d’une fin de carrière ministérielle, le ministre VLD Guy Vanhengel a déclaré que "la N-VA n’est pas apte à gouverner à Bruxelles", déclaration qualifiée par la présidente de son parti Gwendolyn Rutten comme "pas très intelligente". Monsieur Vanhengel se présentera en octobre dans sa commune, Evere, sur une liste PS : voilà qui ne va pas renforcer sa crédibilité en Flandre.

Du côté francophone, le député Ecolo Alain Maron voudrait chasser le spectre N-VA en "refusant la nomination de ministres N-VA". Il voudrait même "contourner la double majorité linguistique requise à la Région de Bruxelles-Capitale". Sans parité politique pour les Flamands en Région bruxelloise, il sera difficile de justifier en Flandre la parité accordée aux francophones au niveau fédéral. Cette dynamite constitutionnelle conduirait à la faillite du modèle bruxellois ou même fédéral. Pas très intelligente non plus, l’idée de Monsieur Maron. Tracer un tel horizon bien sombre pourrait même pousser des Bruxellois à voter MR ou N-VA…