Opinions

Chaque livre de Sand suscite la polémique. Le dernier en date analyse au vitriol la déchéance de l’intellectuel français. Plus question d’attribuer ce titre aux "réacs" ultramédiatisés dont le discours conventionnel et identitaire l’inquiète! Un vrai intellectuel critique vise le pouvoir en place et pas les petites gens. Et il y a danger, dit-il, vu l’islamophobie ambiante.

Dans votre dernier ouvrage, vous analysez ce qui, selon vous, constitue l’histoire du déclin de l’intellectuel français. Votre titre, pourtant, a la forme d’une question. Vous reste-t-il donc un peu d’espoir ?

Non, je suis pessimiste. Pour moi, l’intellectuel critique a disparu. Tant qu’il y a des états, tant qu’il y a des régimes, il y aura bien sûr toujours des gens et des idées pour les soutenir, le pouvoir s’appuie même dessus. Par contre, la critique des idées dominantes, elle, a complètement disparu de la place publique. Quelques rares voix critiques font bien entendre un discours discordant, mais en coulisses. Elles sont trop discrètes. Les possibilités qu’elles parviennent jusqu’au centre de la scène me paraissent très réduites voire impossibles dans la situation médiatique actuelle.

Jeune homme, vous avez été marqué par plusieurs penseurs au point de rêver de faire un jour partie des leurs. Aujourd’hui, on dirait que même vos idoles de jadis ne trouvent plus grâce à vos yeux. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Mon regard a changé. Je suis moins romantique. J’idéalise beaucoup moins que quand j’étais jeune… Rares sont les intellectuels qui ont échappé aux trois grands pièges idéologiques de la modernité que constituent le colonialisme, le stalinisme et le nazisme. Très peu d’entre eux ont eu une position juste face à ces trois phénomènes. Simone Weil, André Breton et Daniel Guérin ont réussi à résister et je leur rends hommage pour cela.

(...)