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Une opinion de Benoit WAUTELET - Maitre-assistant en langue française HELHa (Braine-le-Comte).

Dans ce domaine, toutes les pratiques ne se valent pas. Certaines méthodes sont plus efficaces que d’autres; certains enseignants sont plus efficaces que d’autres.

Les pratiques enseignantes ont un impact significatif sur l’apprentissage à long terme des élèves, notamment sur les élèves en difficulté et, de là, sur la réussite scolaire en général. Développer et faire connaître les pédagogies efficaces n’est donc pas un combat vain et inutile.

Le XXe siècle a été le siècle des inventions et des expérimentations pédagogiques. C’est le siècle qui a révélé Montessori, Freinet et tutti quanti. La fin du XXe siècle a vu se mettre en œuvre des études sur l’efficacité de ces pédagogies. Il est à espérer que le XXIe siècle soit le siècle où l’on emploie et généralise les pédagogies dites efficaces.

Actuellement, la modalité pédagogique la plus répandue (et défendue, parfois bec et ongles, par des arguments parfois proches de l’idéologie) dans les écoles est le constructivisme. Cette pédagogie défend l’idée (noble s’il en est) que l’élève construit son savoir en faisant les choses, en manipulant. Comment donner tort à cette orientation pédagogique ? C’est en forgeant…

Le propos n’est pas ici de mettre au placard le constructivisme, de le clamer inefficace. Non, le constructivisme est un courant efficace. Toutefois il n’est pas le plus efficace. En effet, des études sur l’efficacité de l’enseignement ne le placent que sur la troisième marche du podium. La seconde place est occupée par le tutorat par les pairs; la médaille d’or revient à l’enseignement explicite.

Cependant, l’enseignement explicite a souvent mauvaise presse. On le confond régulièrement avec l’ancestral enseignement magistral. S’il s’agit bien d’une orientation instructionniste, l’enseignement explicite se démarque très fortement d’un cours "ex cathedra" ! L’enseignement explicite tend à décharger la mémoire de travail de l’élève au début de l’apprentissage et amène de la complexité au fur et à mesure de ses essais, jusqu’à amener l’élève à l’autonomie. L’enseignement explicite a surtout démontré son efficacité dans les apprentissages fondamentaux (lecture, écriture, mathématiques), ainsi qu’en sciences et en histoire auprès des élèves en difficulté, ainsi qu’auprès des adultes éprouvant des difficultés d’apprentissage. Dans ces domaines, il surclasse largement le constructivisme.

Les programmes de l’enseignement obligatoire, et ce quel que soit le pays, donnent des objectifs à atteindre aux enseignants et laissent généralement une liberté totale quant aux moyens à mettre à œuvre pour y arriver. C’est ce qu’on appelle la liberté pédagogique. Certains y tiennent absolument et estiment que c’est un droit fondamental des enseignants.

Au vu des résultats de recherche sur l’efficacité des orientations pédagogiques, ne devrait-on pas ériger l’emploi de méthodes efficaces comme un devoir des enseignants ? Dès lors que des méthodes sont plus efficaces que d’autres, ne doit-on pas les mettre en œuvre prioritairement ?

Outre la question de la liberté pédagogique, ce qui est notamment en jeu, c’est la question de la réussite scolaire et de l’équité entre élèves. Peut-on tout laisser faire sous couvert de la tradition pédagogique ?

Si certains élèves ne réussissent pas, sont laissés sur le côté alors qu’ils en ont les moyens intellectuels, la cause n’est-elle pas parfois à chercher dans les méthodes employées ? Si la réponse est oui, alors il faut se battre pour privilégier les méthodes efficaces.

Pour se documenter davantage, on lira avec intérêt "Enseignement explicite et réussite des élèves" d’un trio d’auteurs québécois : Clermont Gauthier, Steve Bissonnette et Mario Richard.