Opinions

Au vu du débat de chambre sur la proposition de loi du Ministre Geens qui souhaite créer un nouveau régime relatif au nom des enfants présentés sans vie à partir de 140 jours de grossesse, il nous semble primordial de sortir de notre silence, en tant que parents d’une enfant présentée sans vie au-delà de 200 jours de grossesse.

Un témoignage de Jérôme Danguy et Allison Derenne, parents d'un enfant né sans vie.


Loin de nous l’idée de croire qu’une telle épreuve serait traversée par toutes et tous comme nous l’avons vécue, mais dans la proposition qui est sur la table, un élément crucial nous semble manquant.

Monsieur le Ministre, Mesdames, Messieurs les Députés, pensez-vous vraiment qu’un simple certificat avec un nom soulagerait réellement les parents face à une telle souffrance ? Ne pensez-vous pas pouvoir agir, avec votre gouvernement, plus durablement pour le bien être de ces familles ? En tout cas, notre seul espoir est que le partage de notre expérience vous éclaira vers d’autres solutions qui ne remettent, elles, aucunement en question le droit fondamental à l’avortement.

Première épreuve : le choc de la nouvelle

Un soir, ayant un mauvais pressentiment, on file aux urgences et à peine l’échographe branché, l’horrible nouvelle tombe, plus aucun espoir, le cœur de note future bébé ne bat plus. Une fois le choc d’une telle annonce, de multiples questions nous viennent à l’esprit : pourquoi ? Comment accoucher dans de telles circonstances? Quel statut pour ce bébé mort avant de naître? Devons-vous organiser des funérailles ? Même si le personnel médical a été des plus bienveillants, il est parfois difficile d’avoir des réponses claires.

Deuxième épreuve : l’accouchement

Lorsqu’on se sent si désarmé face à l’affront que nous fait la vie, réussir à accoucher est certainement l’étape la plus épuisante physiquement pour la mère. Cela l’est d’autant plus sentimentalement pour les deux parents, lorsque cela se passe au milieu d’un bloc d’accouchement rempli de futures mères vivant avec joie l’une des plus belles expériences de leur vie. Ne parlons même pas du partage éventuel du couloir de maternité qui ne désemplit pas des habituelles visites de gens heureux.

Troisième épreuve : l’administratif et les funérailles

C’est ici le cœur du débat parlementaire, ce fameux nom que les parents pourraient donner à ce bébé présenté sans vie à partir de 140 jours de grossesse. Au-delà du débat sur le nombre de jours, on doit avouer qu’on fut surpris d’avoir en la matière aucune liberté. Pas le choix, dans notre cas, obligation de déclarer ce bébé sans vie et d’organiser des funérailles. On s’étonne donc que malgré les multiples échanges parfois animés sur le" nom à partir de 140 jours", personne n’ait pensé aux parents qui ne désireraient pas donner de nom ou ne pas organiser de funérailles dans le cas d’une naissance sans vie après 180 jours et selon la manière de chacune et chacun de vivre son deuil. Un progrès pour les familles ne pourrait-il pas être de laisser plus de choix dans les mains des parents, offrant aux familles une plus grande liberté.

Cher Ministre, si vous persistez à limiter le débat à cet aspect administratif, on en profite pour vous partager deux petits détails qui devraient vous interpeler. D’une part, sachez qu’une mère non-mariée risque bien souvent de devoir faire face à cette épreuve seule. En effet, à défaut d’avoir reconnu en avance la paternité de son futur enfant, celui-ci pourrait non seulement être né sans vie, mais aussi sans père, vu qu’il n’est pas possible pour le père de le reconnaitre une fois né sans vie. On espère donc que vous profiterez au moins de votre future loi pour corriger cette discrimination pour les couples non-mariés. D’autre part, au niveau financier, le coût de ces funérailles obligatoires n’est pas négligeable. Sachez que les funérariums vont même jusqu’à aligner leur tarif sur le prix de la prime de naissance.

La reconstruction d’un avenir heureux

Après de telles épreuves, nous nous sommes rapidement décidés à regarder de nouveau la vie du bon côté grâce au soutien de nos proches. Nous n’avions pas perdu l’espoir de fonder une famille. Ce projet fut couronné de succès par la naissance de notre fils moins d’un an après le choc grâce à un accompagnement d’une qualité exceptionnelle par un corps médical spécialisé au sein d’un service de grossesse à risque. Ce service dispense bien évidemment des gestes techniques de pointe mais surtout apporte un soutien humain d’une valeur infinie aux futurs parents en détresse que nous étions. Cette valeur est encore décuplée lorsqu’il s’agit pour eux d’accompagner les grossesses qui se passent mal.

Il nous semble donc que c’est là, la solution que vous, cher Ministre et cher gouvernement, ignorez totalement dans le débat actuel : financer à leur juste valeur des services spécialisés de grossesses à risque à travers le pays. Ils sont en effet l’unique solution pour assurer un accompagnement optimal des familles affrontant de telles épreuves, depuis l’annonce de la nouvelle, en passant par l’accouchement et le suivi des naissances sans vie.