Opinions
Une opinion de François-Guillaume Eggermont, étudiant en Droit et président du bureau des étudiants de la Conférence Olivaint (centre interuniversitaire de formation politique). 

Nous faisons face à l’arrivée de plateformes délibératives qui permettent de faire émerger l’intelligence collective.

Taux d’abstention croissant, volatilité des intentions de vote, manque de vision à long terme, stress médiatique… Autant d’indices symptomatiques de ce que l’initiateur du G1000, David Van Reybrouck, qualifie de crise de légitimité et d’efficacité sans précédent de notre démocratie représentative.

Il y a quelques jours, un sondage paru dans "La Libre Belgique" a révélé que deux tiers des Wallons éprouvent de la méfiance envers le gouvernement fédéral. Les élus sont de plus en plus méprisés. Les jeunes n’osent plus s’engager sur la voie sans cesse plus périlleuse et moins valorisée de la chose publique. Sous pression, les élus aux valeurs les plus affirmées remettent leur démission, ne laissant derrière eux que ceux qui ont pu se construire une carapace suffisamment solide. Parallèlement, les enjeux politiques n’ont jamais exigé tant de technicité. Ni le populisme de Trump, ni la technocratie de Monti ne semblent pallier ces problèmes de légitimité et d’efficacité. Tous les quatre ans, chacun est appelé à se délester en un coup de crayon de ses responsabilités citoyennes. La démocratie représentative est née de deux contraintes: la première était l’impossibilité matérielle de rassembler l’ensemble des citoyens en un même lieu pour délibérer et décider des enjeux collectifs, la seconde était le manque d’information nécessaire pour prendre les meilleures décisions.

Et si notre salut se trouvait dans ce petit objet de métal et de verre qui se trouve dans votre poche en cet instant ? La Civic tech s’entend de toute technologie qui rend la politique plus participative, délibérative et transparente et donc plus légitime et efficace. Il est désormais possible de faire émerger, grâce à ces outils simples et innovants, la sagesse des foules, c’est-à-dire les solutions optimales résultant de la moyenne des contributions de chaque citoyen. Une expérience qui consiste à demander à un grand nombre de personnes le nombre de dragées que contient un vase illustre bien ce concept. Plus le nombre de participants est grand, plus il y a de chances que la moyenne des réponses corresponde au nombre exact.

Ainsi, il existe de plus en plus de plateformes digitales délibératives permettant de faire émerger l’intelligence collective. C’est le cas de CitizenLab, une plateforme d’engagement citoyenne par laquelle les citoyens co-construisent leur ville. La plateforme facilite la communication à double sens entre la commune et ses citoyens. Ces derniers publient leurs idées, qui sont ensuite soumises aux interactions et au vote. De son côté, la commune, via CitizenLab, consulte ses citoyens et sollicite leurs contributions innovantes pour répondre à des problèmes existants.

Bien entendu, la démocratie digitale ne peut pas fonctionner si les Civic tech ne restent que des gadgets, que des produits de consommation. Elle peut même représenter un danger si elle ne se résume qu’à une participation hâtive sur les bulles filtrantes que sont les médias sociaux monétisés.

La Civic tech n’est ni une fin en soi, ni un outil autonome. Ces nouvelles pratiques démocratiques doivent donc impérativement s’accompagner d’une éducation au civisme et à l’esprit critique. De plus, les plateformes de délibération doivent être conçues de manière telle que la diversité et l’indépendance des opinions soient assurées.

Il est urgent de réinvestir et de réinventer la politique. Toute nouvelle technologie entraîne inexorablement son lot de difficultés; c’est le propre de l’humanité depuis des centaines de milliers d’années. C’est un risque à prendre pour rendre à la politique ses lettres de noblesse, dans un monde où l’on a plus facilement accès à Internet qu’à un bureau de vote. Du 11 au 16 février se tiendra la traditionnelle simulation parlementaire du Jeugd Parlement Jeunesse qui rassemble chaque année une centaine de jeunes provenant de toute la Belgique pour y débattre quatre projets de lois fictifs en se glissant dans la peau de députés. L’association souhaite entamer un débat de fond autour de ces nouveaux moyens technologiques à l’occasion de son dixième anniversaire en les intégrant au sein de sa simulation annuelle.