Opinions

Un témoignage de Marie-Sophie Germain, auteure du blog #MonEndométriose.


L’endométriose ne détruit pas seulement le présent, elle anéantit aussi le futur. J’ai déjà témoigné pour raconter mon endométriose. Mais cette fois-ci, j’aimerais évoquer un des aspects de cette maladie qui m’affecte profondément : le deuil de la maternité.

A partir de la trentaine, mon mari et moi avions décidé d’avoir un enfant. C’est à ce moment-là, au fil des échecs, que j’ai appris que j’avais une endométriose, et que c’est à cause de cela que la cigogne ne venait pas. J’ai donc subi quatre fécondations in vitro , chacune plus éprouvante que la précédente. A cette époque, et contrairement à beaucoup de femmes, c’est surtout le côté physique qui a été le plus difficile à gérer. Moralement et mentalement, je savais déjà que je n’avais aucune chance. Je n’ai jamais eu d’espoir. Je ne voulais pas être déçue. Et quand je voulais abandonner, à cause des traitements hormonaux épouvantables, des douleurs inimaginables, des ponctions ovariennes sans anesthésie, mon mari m’a toujours conseillé de continuer.

Alors j’ai continué. Si je l’ai fait, si je suis allée au bout de ces 4 FIV pathétiques, c’est uniquement pour avoir la certitude d’avoir tout essayé. Je ne voulais pas que mon avenir soit rongé par des regrets de ne pas être allée jusqu’au bout. Et à cette époque, je l’ai assez bien vécu, malgré les circonstances. J’ai fait ce qu’il fallait, ça n’a pas marché… c’est comme ça et on passe à autre chose. Mais maintenant, 10 ans plus tard, à la quarantaine passée, les choses ont changé.

Ce qui me révolte, c’est que des années de déni de la part du corps médical ("c’est dans la tête", "c’est normal d’avoir mal pendant les règles" …) ont énormément retardé le diagnostic et la prise en charge. Si ça se trouve, si j’avais été prise en charge bien plus tôt, vers la vingtaine et non la trentaine, j’aurais peut-être eu la chance d’être mère…

Adopter ? Malheureusement cela n'est pas possible pour plein de raisons, qu'il serait trop long d'expliquer. Il ne faut pas croire que tout le monde peut adopter, que tout le monde peut obtenir l'agrément, surtout dans un pays (je ne vis pas en France) où l'adoption n'existe pratiquement plus. En tant qu'immigrée avec une situation financière catastrophique et étant sans emploi fixe, je n'ai aucune chance.

Je sais qu’il n’y a plus rien à faire. Mais c’est seulement maintenant que je ressens ce vide, cette absence de quelque chose qui aurait dû être là. Il ne s’agit pas d’un besoin viscéral qui me serre les tripes, comme tant de femmes pour qui être mère est la raison de vivre. Ce qui commence à me tourmenter sérieusement, c’est le fait de ne pas pouvoir transmettre. Transmettre mes valeurs, mon histoire, et ce que mes parents m’ont eux-même transmis. Enseigner ce que l’on m’a appris. Inspirer une manière d’être, de penser, d’agir. Léguer une culture, perpétuer une mémoire. Simplement être un parent. Quel gâchis…