Opinions Une réaction de Ruth Grosrichard, professeur de langue et civilisation arabes à Sciences Po Paris.


Le petit Jahid se voit affublé d'un prénom qui nom seulement se réfère au jihad mais lui enjoint impérativement de faire son devoir en bon sujet du signifiant.


Suite au signalement d'un officier de l'état-civil se référant à l'article 57 du Code civil, un bébé que ses parents avaient choisi de prénommer "Jihad", est officiellement, depuis la semaine dernière, un petit "Jahid".

C'est la solution trouvée par le Tribunal de grande instance de Toulouse au motif légitime que, par les temps qui courent, le mot arabe "Jihad" (signifiant étymologiquement "effort, lutte") est aujourd'hui surchargé d'une connotation négative: celle de la "guerre sainte" menée par des extrémistes et conduisant au massacre des infidèles. Un tel prénom serait donc évidemment "contraire à l'intérêt de l'enfant" que le Code civil tient à protéger.

Pour neutraliser la menace, il suffisait donc, aux yeux du juge, d'inverser les voyelles. Un simple jeu vocalique et le problème était résolu.

Le diable est dans les détails

Mais le diable est dans les détails: cette petite modification est en réalité plus lourde de conséquences qu'il n'y paraît. En effet, comme le sait toute personne connaissant l'arabe, "Jahid" est l'impératif de la forme verbale "Jâhada" qui veut dire "fournir un effort" mais aussi "faire le jihad".

Résultat: dans les registres de l'état-civil, le petit Jahid se voit affublé d'un prénom qui non seulement se réfère au jihad mais lui enjoint impérativement de faire son devoir en bon sujet du signifiant.

Comme quoi l'enfer est pavé de bonnes intentions.


Cette réaction a initialement été publiée sur le site du HuffingtonPost France.