Opinions

COURRIER DE LECTEURS

Une réaction envoyée par Madame M. K.


"L’opinion d’un collectif d’universitaires, face à la marchandisation de la pédagogie, fait plus que m’interpeller (“Cours privés, une véritable marchandisation de la pédagogie”, LLB 30/4/2018). 

La publicité intense autour de ces aides tarifées dont l’efficacité se réduit – au mieux – à une aide à très court terme, m’inquiète vraiment. Je suis en effet convaincue que la nécessité d’apprendre l’autonomie est absolument impérieuse, non seulement pour les étudiants des universités et hautes écoles mais déjà dans l’enseignement secondaire, si ce n’est plus tôt encore. 

Cette nécessité nous est apparue, à mon mari et à moi, dès 1960, quand nous étions tout jeunes professeurs : pas mal d’élèves avaient besoin, non pas de “leçons particulières” onéreuses et parfois – souvent peut-être – inutiles, mais d’apprendre une vraie méthode de travail, c’est-à-dire une attitude active, critique et créative face aux cours qui leur étaient dispensés et au travail – leçons et devoirs – qu’ils avaient à accomplir ensuite. Nous nous sommes alors efforcés d’y amener nos élèves d’abord, et peu à peu d’autres jeunes qui se sont présentés à nous, informés par le “bouche à oreille” : de tous réseaux et de tous niveaux, du primaire à l’université. 

Récit, trait pour trait, d’un début d’entretien avec un élève :
- “Dis-moi, comment organises-tu ton travail ?”
- “Eh bien… je rentre à la maison vers 16h45, je prends mon goûter, je me distrais un peu et je commence à travailler vers 17h45/18h. À 19h, c’est le souper et après, je me dépêche de terminer ce qu’il faut faire pour le lendemain.”
- “Oui mais, avant 16h45, comment travailles-tu ?”
- “Ben… je ne travaille pas, je suis à l’école…”

Ce schéma assez hallucinant était fréquent : l’école était perçue comme un lieu où l’on ne travaillait pas. Que faisait-on ? La suite de l’entretien le précisait : écouter poliment, rêvasser, essayer de prendre quelques notes, lever de temps en temps la main pour répondre à une question… et attendre patiemment la sonnerie de fin des cours. Ces jeunes, il fallait d’abord les aider à voir eux-mêmes ce qui “n’allait pas” dans leur façon de faire, et ensuite les aider à trouver comment modifier leurs habitudes. […]

Ces guidances individuelles ont donc commencé en 1960 et se sont terminées exactement le 29 novembre 2013… l’avant-veille d’un AVC suivi de lourdes séquelles, qui a mis fin à cette activité pour mon mari. Nous avons pu aider quelque 200 jeunes à “étudier” vraiment; ils appartenaient à 18 nationalités différentes.

Une dernière précision : aucun financement n’était requis. Il nous a toujours semblé préférable de rendre le jeune responsable personnellement plutôt que de faire appel à ses parents; nous lui demandions donc d’être lui aussi prêt à aider quelqu’un d’autre dès qu’il serait capable de le faire."