Opinions Le rédacteur en chef et le porte-parole de Résistances.be, le web-journal de l’Observatoire belge de l’extrême droite, sont poursuivis devant les tribunaux par un dirigeant de l’ex-Front national belge de Daniel Féret.

Pour quelle raison ? Avoir créé et utilisé, en 2009, durant quelques semaines, un "profil imaginaire" sur Facebook. Comme des centaines de milliers de ses utilisateurs : des écoliers pour se protéger de la cyber-criminalité, des enseignants dans le cadre de projets pédagogiques, des sociétés commerciales pour leur publicité, des policiers menant des enquêtes criminelles… Ce profil aux sympathies affichées pour la droite nationaliste radicale devait servir à une enquête de journalisme d’investigation de Résistances.be sur l’utilisation par l’extrême droite des réseaux sociaux. En effet, depuis plusieurs années, les nouveaux médias ont également été investis par des formations et des groupes nationalistes, racistes et antidémocratiques à des fins de propagande et de recrutement.

Cette présence "undercover" de Résistances.be sur Facebook s’est développée en respect total des règles déontologiques, émises par les associations professionnelles de journalistes, en matière de journalisme d’investigation et d’immersion. Suite à la création de ce profil imaginaire, un certain Georges-Pierre Tonnelier, de façon totalement volontaire de sa part, prit contact avec lui. Dirigeant d’extrême droite depuis les années 90, ce dernier fut notamment (liste non exhaustive) : cofondateur du Comité belge de soutien à Jean-Marie Le Pen, attaché parlementaire et candidat aux élections pour le Front national belge, président de son service d’études, responsable Internet de ce parti, lourdement condamné pour racisme (avec Daniel Féret, le président-fondateur du FN) suite à une plainte déposée par le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (un service public fédéral), le Mrax (Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie) et la Ligue des droits de l’homme (1)… et spécialiste pour l’extrême droite en informatique et Internet.

Malgré ce pedigree, le même Tonnelier affirmera ensuite n’avoir plus aucune activité liée à l’extrême droite et qu’il avait même quitté ses rangs après avoir fait le constat d’une "erreur de jeunesse" (de près de dix ans tout de même !) Sous diverses formes, il fit pression sur la rédaction de Résistances.be (mais également sur son comité de soutien, auprès d’autres ONG, dont la Ligue des droits de l’homme, sur le Centre pour l’égalité des chances, sur des journalistes en relation avec Résistances.be et même sur les employeurs de Manuel Abramowicz et Julien Maquestiau…) pour que son nom, figurant dans quelques articles du site de ce média, soit occulté. Refusant ces exigences au nom du droit à l’information et de son refus de la censure, Résistances.be publia tout de même un article, en novembre 2008, sous le titre : "Georges-Pierre Tonnelier et l’extrême droite : c’est fini". A l’heure actuelle, cet article de Résistances.be "à décharge" du frontiste est toujours en ligne (2). Or, suite à la prise de contact entièrement volontaire du même Tonnelier avec le profil imaginaire Facebook, Résistances.be put constater que ce soi-disant "ex-activiste" était resté un des dirigeants clés du parti d’extrême droite et qu’il s’apprêtait même avec son secrétaire général à le réorganiser, après sa défaite cinglante aux élections régionales.

C’est un an après la publication des révélations sur ses mensonges que Georges-Pierre Tonnelier porta, pour finir, plainte au pénal contre Manuel Abramowicz et Julien Maquestiau. En leur faveur, le parquet de Bruxelles a demandé, à deux reprises, un non-lieu estimant donc que ni Manuel Abramowicz ni Julien Maquestiau n’avaient commis d’infractions en prenant un profil imaginaire sur Facebook pour y mener une enquête journalistique d’investigation sur l’utilisation par l’extrême droite des réseaux sociaux numériques.

La plainte déposée par Georges-Pierre Tonnelier contre Manuel Abramowicz et Julien Maquestiau semble être une véritable action politique visant à faire taire ceux qui osent révéler la véritable nature de l’extrême droite. Ce n’est pas pour rien qu’aujourd’hui, le même Tonnelier - qui poursuit toujours ses activités politiques - est soutenu dans son action contre Résistances.be par divers groupes et dirigeants de l’extrême droite belge.

Pour notre part, nous considérons que cette action judiciaire pourrait menacer directement la liberté de la presse et le droit à l’information dans son ensemble.

Nous estimons que Manuel Abramowicz et Julien Maquestiau ont scrupuleusement respecté la déontologie journalistique en matière de journalisme d’investigation, d’immersion et d’"undercover".

C’est pour ces raisons que nous leur apportons notre soutien.


(1) Source : Communiqué de presse du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR), du Mrax et de la Ligue des droits de l’homme du 4 octobre 2006. Extrait : "Dans une décision longuement motivée, argumentée et équilibrée, la cour (d’appel de Bruxelles) condamne Daniel Féret et Georges-Pierre Tonnelier pour incitation à la haine, à la discrimination et à la ségrégation raciales et prononce une peine d’inéligibilité (dix ans pour D. Féret, sept ans pour Georges-Pierre Tonnelier)". Consulté le 25 septembre 2013 sur le site du CECLR : http://diversite.be/index.php?action=artikel_detail&artikel=96

(2) Collectif de signataires (à la date du 27/09/2013)

1. Günter Wallraff (Allemagne) : journaliste d'investigation auteur de nombreuses enquêtes undercover, dont « Tête de Turc »

2. Gilles Perrault (France) : journaliste et écrivain, auteur de nombreuses enquêtes d'investigation

3. Olivier Basille : directeur de Reporters sans frontières Belgique

4. Luc Delfosse : rédacteur en chef adjoint du journal Le Soir de 2001 à 2010, éditorialiste et auteur 

5. Dorothée Klein : ancienne rédactrice en chef de l'hebdomadaire Le Vif/l'Express 

6. Georges Timmerman : journaliste d’investigation (De Morgen...), cofondateur et rédacteur en chef du site d’informations bilingue Apache.be

7. Eddy Caekelberghs : journaliste

8. Jean-Claude Defossé : journaliste d'investigation RTBF jusqu'en 2009, notamment auteur d'enquêtes d'investigation undercover sur l'extrême droite

9. Jean-Pierre Borloo : journaliste indépendant

10. David Lallemand : journaliste

11. Josy Dubié : ancien reporter à la RTBF et aux Nations Unies

12. Abel Mestre (France) : journaliste, coanimateur du blog d'informations Droites extrêmes

13. Caroline Monnot (France) : journaliste, coanimatrice du blog d'informations Droites extrêmes

14. Christophe Bourseiller (France) : journaliste, écrivain et producteur à France Musique 

15. Frédéric Loore : journaliste d'investigation

16. Aurore D'Haeyer : journaliste

17. Olivier Bailly : journaliste d'enquêtes

18. Isabelle Philippon : journaliste, coach ICF et formatrice en communication

19. Anne Boulord : journaliste

20. Thierry Denoel : journaliste

21. Bernard Hennebert : ‪journaliste depuis les années septante (Vlan, Hebdo, Notre Temps, Le Ligueur, Journal du Mardi...) et coordinateur du site d'informations Consoloisirs.be

22. Jean Lemaitre : journaliste et enseignant à l’Institut des hautes études des communications sociales (IHECS) 

23. Marcel Sel : web-journaliste, essayiste et chroniqueur

24. Henri Wajnblum : rédacteur en chef de la revue Points critiques

25. Françoise Raes : journaliste

26. Houssein Boukhriss : co-fondateur de Halt, revue flamande contre l'extrême droite, co-auteur du livre « De Barbaren » et formateur-consultant de Trace spr 

27.Nicolas Zomersztajn : rédacteur en chef du magazine Regards

28. Pierre Ansay : diplomate à la retraite, auteur

29.Pierre Lambalais (France) : membre-fondateur des revues d'investigation belgo-françaises Article 31 et Celsius

30. Willy Wolsztajn : dessinateur à Politique, revue de débats

31. Ulrich Schneider (Allemagne) : secrétaire général de la Fédération internationale des résistants (FIR), rassemblant la plupart des associations de résistants et de partisans de la Deuxième Guerre mondiale

32. Ludovic Suttor-Sorel : président du Cercle du Libre examen de l'Université Libre de Bruxelles (ULB)

33. Pedro Vianna (France) : poète et homme de théâtre

34. Jean Cornil : essayiste

35. Thomas Gunzig : auteur

36. Sam Touzani : artiste

37. Thierry Pouliart : diffuseur de presse

38. Michel Briganti (France) : auteur

39. Pierre Bertrand : directeur des éditions Couleur livres

40. Yanic Samzun : secrétaire général de Présence et Action culturelle (PAC)

41. Annemie Schaus : professeure de droit, vice-rectrice à la politique académique et à la gestion des carrières à l'Université libre de Bruxelles (ULB).

42. Bernadette Denis : ancienne avocate au Barreau de Liège et de Bruxelles, professeure invité au CPFB, maître assistante en droit à la HELB-Prigogine

43. Francine Bolle : historienne, assistante ULB, professeure d'histoire à l'EOS et à l'Institut supérieur d'urbanisme et de rénovation urbaine (ISURU)

44. Jean-François Boucher : cinéaste, professeur à la HELB-Prigogine, section Technique de l'image (ciné) 

45. Pénélope Fiszman : enseignante à la HELB-Prigogine, section Ecologie sociale

46. Myriam Azar : animatrice-formatrice en éducation permanente et enseignante

47. Galaad Wilgos : vice-président du Cercle du Libre Examen de l'ULB

48. Françoise Bolle : membre de la Ligue des droits de l'Hommes

49. Anne Grauwels : coprésidente de l'UPJB, enseignante

50. Chico Kebsi : responsable associatif

51. Caroline Sägesser : historienne

52. Hafida Bakioui :  fondatrice et administratrice de la maison médicale Galilée

53. Marc Lits : professeur à l'Ecole de Communication (journalisme) de l'Université catholique de Louvain-la-Neuve (UCL)

54. Marc Sinnaeve : président du département Presse et Information de l’Institut des hautes études des communications sociales (IHECS)

55. Simon-Pierre De Coster : directeur juridique de la RTBF et professeur de droit et de déontologie des médias et de l’information à l’IHECS

56. Vincent Engel : écrivain, enseignant à l’UCL et à l’IHECS

57. Johan Leman : directeur-fondateur du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme, professeur à la Katholieke universiteit Leuven (KU Leuven)

58. Mouedden Mohsin : fondateur des Ambassadeurs de la paix

59. Christian Panier : juge honoraire, maître de conférence à l'UCL

60. Janine Verbist : présidente du conseil d'administration de la Haute-Ecole libre de Bruxelles (HELB-Prigogine)

61. Marc Swyngedouw : professeur à la Katholieke universiteit Leuven (KU Leuven)

62. Jean-Michel De Waele : professeur de science politique à l'Université libre de Bruxelles (ULB)

63. Ralf Coeckelberg : président de Laïcité et Humanisme en Afrique centrale (LHAC) de 2007 à 2009, membre du conseil d'administration de la Haute-Ecole libre de Bruxelles (HELB-Prigogine)

64. Marco Martiniello : directeur de recherches FRS-FNRS, professeur à l'Université de Liège (ULg)

65. Danielle Nootens : enseignante à la Haute-Ecole libre de Bruxelles (HELB-Prigogine), catégorie sociale (EOS)

66. Marc Jacquemain : professeur à l'ULg

67. Jean Vogel : politologue, ULB

68. Anne Goossens : professeure honoraire Presse écrite et coordinatrice de la section Relations publiques de la HELB-Prigogine

69. Andrea Rea : professeur à l'ULB

70. Dan Van Raemdonck : professeur à l'ULB

71. Sophie Goldmann : enseignante en droit social à la HELB-Prigogine 

72. Eric Remacle : professeur à l'ULB (signataire quelques jours avant son décès)

73. Tijl Van Weverberghe : professeur à la HELB-Prigogine, catégorie Economique

74. Philippe Hensmans : militant des droits humains