Opinions
Une opinion de Nico Reeskens, country manager d'Adecco Group Belgique et président du GAN Belgique.


Il est plus que temps que tous les gouvernements et établissements d’enseignement belges intègrent la pratique professionnelle sur le terrain dans les parcours de formation d’un nombre accru de jeunes.


En Belgique, 3,5 emplois sur 100 restent inoccupés. Pourtant, 17,7 % de jeunes Belges sont sans emploi. Aberrant, n’est-ce pas ? Comment cela est-il possible ?

Le fossé entre les compétences professionnelles des jeunes, d’une part, et les attentes du marché de l’emploi, d’autre part, est trop grand. Même si les jeunes disposent de connaissances générales suffisantes, notre enseignement n’accorde actuellement que trop peu d’importance aux compétences professionnelles. La pratique professionnelle sur le terrain offre une solution : les jeunes peuvent transposer leurs connaissances professionnelles sur le terrain et développer les compétences nécessaires pour les aider à percer sur le marché de l’emploi.

Une autre raison qui nous pousse à miser davantage sur la pratique professionnelle sur le terrain est la nécessité de préparer les jeunes aux emplois de demain, et non à ceux d’il y a dix ans. Nos modèles d’apprentissage doivent former un pont entre l’enseignement et le monde du travail. Les technologies de rupture et les modèles industriels en rapide évolution ont entraîné l’apparition de nouveaux emplois où les compétences numériques et les capacités d’adaptation sont indispensables.

Ces nouveaux emplois font la part belle aux compétences essentielles telles que l’esprit d’équipe, l’introspection, l’esprit critique et la créativité. Autant de compétences qui nous permettent de nous défendre et de fonctionner à plein régime dans notre contexte professionnel.

Par ailleurs, ces compétences sont communes à toutes les professions, quel que soit le secteur.

Apprendre sur le terrain

Ces compétences ne se développent pas en étudiant dans les livres mais en étant confronté à des situations réelles.

L’apprentissage professionnel sur le terrain est la méthode par excellence. La pratique professionnelle sur le terrain revêt différentes formes : stages d’observation ou d’apprentissage, visites d’entreprise, etc.

Tant les employeurs que les étudiants soulignent souvent la durée trop courte de ces périodes pour pouvoir réellement expérimenter ce qui se passe sur le terrain. La formation en alternance, qui permet aux jeunes d’alterner l’apprentissage à l’école et la pratique professionnelle sur le terrain, sur une période plus longue, pourrait être une bonne solution.

Nous constatons que toutes les parties recherchent encore la meilleure manière de mettre en œuvre la formation en alternance.

Pour les écoles secondaires, la ministre de l’Enseignement a déjà élaboré une structure claire, mais peut-être faudrait-il aussi penser à jeter un pont entre les entreprises et l’enseignement pour optimiser cette approche.

En ce qui concerne l’enseignement supérieur, la situation reste floue. Il faut impérativement instaurer un cadre de référence univoque, tant au niveau des objectifs d’apprentissage que des objectifs socio-économiques. Il faut, par exemple, veiller à ce que les contrats de pratique professionnelle sur le terrain soient uniformes dans toutes les régions. C’est une condition sine qua non pour éviter toute paperasserie administrative et traiter tous les jeunes sur un même pied d’égalité.

Renouer le dialogue et collaborer

Une chose est sûre : il faut favoriser le dialogue entre les différentes Communautés et Régions, l’enseignement et les entreprises. Nous devons partager les meilleures pratiques mais aussi les points d’écueil et apprendre les uns des autres. En unissant nos forces et en collaborant activement pour remédier à cette problématique, nous pourrons offrir une réponse à ces défis internationaux.

Dans ce contexte, toutes les voix ont leur importance. Aussi, j’en appelle aux jeunes, aux établissements de l’enseignement, aux représentants politiques et aux chefs d’entreprises pour qu’ils contribuent tous au développement de l’enseignement de demain.

La solution proposée par la coupole du Global Apprenticeship Network (GAN) - notre regroupement de 19 entreprises et organisations professionnelles - constitue un pas en avant vers la concertation active autour de la pratique professionnelle sur le terrain.

Nous proposons des stages plus longs et nous voulons renforcer le lien entre les entreprises et l’enseignement. L’objectif du GAN est de remédier au problème d’inadéquation entre les compétences acquises sur les bancs de l’école et les attentes du marché de l’emploi.

Le titre, le chapeau et les intertitres sont de la rédaction. Titre original : "Préparons les jeunes aux métiers de demain, pas à ceux d’il y a dix ans".