Opinions

Une opinion du philosophe Drieu Godefridi.

Voici un gouvernement fédéral belge qui fonde son identité sur le rejet des socialistes. Un gouvernement qui a fait du pouvoir d’achat des ménages l’alpha et l’oméga de son programme. Un gouvernement qui envisage mille façons d’améliorer la compétitivité des entreprises.

Et voilà que la baisse, aussi vertigineuse qu’apparemment miraculeuse, du prix des carburants permet de rencontrer très exactement, et dans le même temps !, ces deux objectifs. D’une part, en réduisant les frais de déplacement et de chauffage de la presque totalité des ménages belges. D’autre part en redonnant de l’air à la trésorerie des entreprises belges, si bien taxées par ailleurs (sauf les géantes), et qui reçoivent la baisse du coût du carburant comme une perspective salvatrice. Bref, l’opportunité pour ce gouvernement, sans rien faire, de s’inscrire dans une rupture résolue avec la rage taxatoire objective des trente dernières années.

Or, que fait le gouvernement ? Au lieu de favoriser, d’encourager, de pérenniser, de célébrer ce ballon d’oxygène pour des ménages et des entreprises écrasés de taxes et impositions de toutes sortes, il enraye l’effet de la baisse des carburants par de nouvelles taxes, au motif de la menace (accises, TVA) que cette baisse du prix des carburants ferait peser sur les finances publiques. Car le citoyen ne doit pas se laisser abuser par ce vocabulaire trivial du « cliquet » et autres raffinements verbaux : il s’agit purement et simplement de compenser la baisse du prix des carburants par de nouvelles taxes. Le carburant fait en effet partie de ces denrées qui ont le privilège de faire l’objet d’une taxe sur taxe : en effet, la TVA sur le carburant est appliquée sur le prix de vente additionné des accises. Donc quand le gouvernement perd en accises, il perd aussi en TVA ; on mesure l’effroi d’un exécutif incapable de réduire par ailleurs la dépense publique.

Sommé de choisir entre le bien-être des ménages et des entreprises, d’une part, et l’impôt de l’autre, le gouvernement Michel choisit donc résolument l’impôt. Tout en se montrant inapte, par ailleurs, à ne serait-ce qu’équilibrer le budget de l’Etat, ni même respecter les 3% de déficit.

Soit. Mais alors il convient que ce gouvernement cesse de prétendre qu’il mène une politique libérale et responsable, laquelle suppose d’abord et avant tout une réduction des dépenses publiques et des impôts sur le travail, qui sont en Belgique les plus élevés du monde. Que la N-VA reconnaisse que, sous sa gouverne, la Belgique s’inspire davantage de la politique fiscale et budgétaire de la France, que de la politique libérale et rigoureuse du ministre des finances britannique, le chancelier de l’Echiquier George Osborne. Lequel célèbre la baisse du prix des carburants pour ce qu’elle est, c’est-à-dire « a giant tax cut to the economy ». Voilà ce que le gouvernement belge ne pouvait tolérer.