Opinions
Une opinion de Raphaël Jacquerye, auteur de "Tempête au Vatican" (2000).


On attend du Pape qu’il poursuive ses avancées. Tant qu’il n’imposera pas à tout évêque de dénoncer à la justice civile, sous peine de révocation, tout acte de pédophilie, ce problème ne sera pas résolu.


Le pape François est arrivé plein d’ardeur, il y aura bientôt cinq ans et demi. Il est rapidement parvenu à donner une image plus abordable de la fonction papale. Le fait qu’il ait refusé de vivre seul dans les appartements pontificaux et préféré la vie en commun dans la résidence Sainte-Marthe, le fait aussi qu’il ait insisté sur certaines valeurs évangéliques ont rendu le message plus humain, plus charismatique. Son action sur ce plan est capitale.

Il savait aussi qu’on l’attendait au tournant dans divers dossiers.

Les dossiers

Parlons d’abord de la réforme de la Curie. Le pape Benoît XVI avait démissionné, dégoûté par l’attitude de la Curie. Le pape François a, quant à lui, créé un Conseil de neuf cardinaux (le C9) en vue notamment de restructurer cette institution. Plus d’une fois d’ailleurs il a manifesté sa colère vis-à-vis du comportement des membres de la Curie. Un rapport est enfin prévu pour la mi-septembre 2018.

L’ouverture du Pape aux laïcs a été effective, sans cependant leur donner une parcelle du pouvoir. La réforme de la Curie, en particulier celle de sa gestion financière, est pilotée en partie par des laïcs, des professionnels du métier, des hommes bien entendu. Notons que durant les derniers mois quelques laïcs ont démissionné ou ont été poussés à la démission : Libero Milone, ex-contrôleur des finances, Giulio Mattietti, numéro trois de la banque du Vatican (IOR).

Une femme, Marie Collins, une Irlandaise avait été nommée à la Commission pontificale pour la protection des mineurs. Elle-même avait été victime d’un prêtre pédophile durant son adolescence. Elle a claqué la porte de la Commission après avoir critiqué vertement le manque de coopération de la Curie dans la lutte contre les abus sexuels de l’Eglise. Un autre laïc, un homme aussi victime d’un prêtre pédophile, avait déjà démissionné auparavant de cette commission.

Toutes ces démissions de laïcs font manifestement désordre.

Ce cancer qu’est la pédophilie

Cela nous amène au difficile dossier de la pédophilie. Le Pape François est très mal conseillé. Son voyage au Chili, au cours duquel il a rabroué les victimes et a montré son amicale bienveillance à l’égard de l’évêque Barros qui avait couvert un prêtre pédophile, a été calamiteux.

Il s’en est suivi un rétropédalage à grande vitesse accompagné de la démission de plusieurs évêques chiliens.

Les derniers développements survenus en Pennsylvanie démontrent à nouveau l’importance de ce cancer qu’est la pédophilie au sein de l’Église.

Plusieurs cardinaux du C9 sont également, directement ou indirectement, touchés par des affaires de pédophilie dans leur diocèse. L’image du Vatican est bien éclaboussée.

Tant que le Pape n’imposera pas à tout évêque de dénoncer à la justice civile, sous peine de révocation, tout acte de pédophilie, le problème ne sera pas résolu.

En France, l’Eglise est persuadée que les affaires de pédophilie vont s’éteindre assez rapidement. En effet, plus de la moitié des prêtres ont plus de 75 ans. Manque de testostérone oblige. En Afrique, la plupart des prêtres vivent en concubinage. Le problème y est donc réglé.

Quels progrès ?

Une femme, l’écrivaine franco-canadienne Nancy Huston, a écrit récemment au Pape pour demander que le massacre s’arrête. Elle stigmatise notamment les raisons du comportement aberrant de ces prêtres. Ceux-ci, d’après elle, s’en prennent aux enfants, parce qu’ils sont persuadés du silence de ces derniers, alors que s’ils s’en prennent aux adultes, ils craignent de perdre leur réputation. Elle ajoute : "A moins de se dire que seuls les pédophiles et les pervers sont intéressés par le sacerdoce chrétien, le problème n’est ni la pédophilie ni la perversion. Il faut abandonner ces clichés une fois pour toutes. Le problème, c’est que l’on demande à des individus normaux une chose anormale. C’est l’Eglise qui est ‘perverse’dans son refus de reconnaître l’importance de la sexualité et les conséquences désastreuses de son refoulement."

Nous pouvons ajouter le conseil de saint Paul (1 Co 7, 8-9) qui vivait semble-t-il dans le célibat : "Je dis toutefois aux célibataires et aux veuves qu’il leur est bon de demeurer comme moi. Mais s’ils ne peuvent se contenir, qu’ils se marient : mieux vaut se marier que de brûler."

Sur les divorcés remariés, la position du pape François a fait une avancée réelle, même si elle n’est pas universelle. Avec l’exhortation apostolique "Amoris laetitia", il a ouvert des perspectives en encourageant officiellement au discernement dans chaque situation. Il permet à ces personnes qui étaient en situation de rupture de retrouver leur place dans l’Eglise, pour autant qu’elles soient dans une paroisse accueillante.

Enfin, le pape François a créé le 2 août 2016 une commission d’études chargée d’examiner le rôle des femmes diacres, "surtout au regard des premiers temps de l’Eglise".

Avancée ou pas ?

Ne voilà-t-il pas que Mgr Luis Ladaria Ferrer (un jésuite) le nouveau préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, plutôt que de parler des avancées de cette commission sur le diaconat, a voulu, en bon soldat, réaffirmer que l’Eglise ne peut ordonner des femmes à la prêtrise. Il s’agit d’une "vérité de foi", qui engage donc l’infaillibilité de l’Eglise, affirme-t-il.

Tout récemment, le Centre de recherche appliquée de l’apostolat (Cara), affilié à l’université Georgetown, à Washington (Columbia), a publié un sondage sur la position des supérieurs (hommes et femmes) de 400 institutions religieuses quant à la possible ouverture aux femmes du diaconat permanent. Ils sont 72 % à plaider pour le lancement effectif de cette réforme majeure… Mais seuls 45 % d’entre eux croient que l’Eglise engagera vraiment ce délicat chantier.

Puisse le pape François oser les réformes attendues et s’entourer enfin de multiples femmes comme conseillères.