Opinions

Membres d'Energies Réformatrices (1)

Avec les dernières vagues d'immigration, nos contrées se sont enrichies de nouveaux visages, mais aussi d'autres traditions, notamment religieuses.

Ainsi, la religion musulmane est devenue la deuxième religion de notre pays. En matière d'affaires religieuses, la Belgique est un Etat neutre qui a mis en place une reconnaissance et un financement publics des cultes. Mais, si l'Etat belge a reconnu la religion musulmane dès 1974, il n'a réfléchi concrètement à son organisation et à son financement qu'à partir de 1999, laissant la porte ouverte au financement de ses communautés musulmanes par des pays tiers.

En effet, la carence du monde politique a laissé l'exercice et l'expression de la partie arabophone du culte musulman sous l'emprise de l'"islam des ambassades" et particulièrement sous la responsabilité de la grande mosquée de Bruxelles, siège national de la Ligue mondiale arabe, directement financée par l'Arabie saoudite. Pays, on le sait, doté d'importantes liquidités, et n'étant pas vraiment un modèle de tolérance religieuse. L'Arabie saoudite a, en effet, les moyens de rencontrer ses objectifs de diffusion du wahhabisme à travers le monde. Le wahhabisme, faut-il le rappeler, est une des tendances les plus fondamentalistes et les plus radicales de l'islam. Une étude américaine récente (2) révélait que l'Arabie saoudite a financé la construction de 1 500 mosquées à travers le monde, 500 collèges islamiques et quelque 2 000 écoles dans des pays non musulmans. Elle aurait également participé au financement des camps d'entraînement paramilitaire et au financement d'achat d'armes ainsi qu'au recrutement de militants du djihad dans une vingtaine de pays.

Outre le financement de la grande mosquée de Bruxelles, qui redistribue à d'autres mosquées belges une part de l'aide saoudienne, l'Arabie saoudite et d'autres pétromonarchies sont directement intervenues dans le financement de construction de mosquées dans notre pays. Des sources internes à la communauté musulmane belge et à l'Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB) s'inquiètent d'une généralisation des démarches de représentants des communautés musulmanes locales auprès des pays du Golfe afin d'obtenir des financements pour la construction et de la rénovation de mosquées. Une inquiétude qui s'exprime sous deux formes. D'une part, le risque de tutelle idéologique découlant de cette dépendance financière, d'autre part, les craintes exprimées par ces responsables musulmans en ce qui concerne les détournements d'une partie de cet argent à des fins personnelles ou de soutien à des activités parallèles indéterminées.

Il est certain que l'islam de Belgique entretiendra toujours des contacts privilégiés avec le monde musulman étranger et il s'agit là d'une opportunité à saisir. Mais il faut agir pour offrir les moyens à la communauté musulmane de s'affranchir de dépendances qui pourraient représenter des obstacles au partage des valeurs communes qui structurent notre société.

Le financement public de l'exercice de ce culte devrait y contribuer, tout comme le contrôle du financement étranger de l'islam de Belgique. Dès lors, on ne peut que regretter le retard pris dans la mise en place du financement du culte musulman. Ministre fédérale compétente en matière des cultes, Laurette Onkelinx affirmait courant 2004 que le financement du culte musulman serait effectif dès janvier 2005. Début 2007, on attend toujours. Ce retard ne favorise pas l'intégration ni n'encourage la constitution d'un véritable islam de Belgique.

Cette question fondamentale de l'organisation du culte musulman, du financement de son exercice, de sa relation avec l'Etat et avec la société, qui sont d'ailleurs abordées dans une proposition de résolution déposée récemment au Parlement fédéral, sont d'actualité partout en Europe, même dans un des pays les plus strictement attachés aux valeurs de laïcité tel que la France. Il existe un lien indissociable entre l'intégration des populations originaires de pays musulmans et l'intégration de l'islam à nos sociétés occidentales. Compliquant la tâche, le contexte international et le regain incontestable de fondamentalisme dans une partie de l'Oumma, y compris en Europe et en Belgique (souvenons-nous des assassins molenbeekois du commandant Massoud), placent les autorités face à leurs responsabilités.

Nos avancées philosophiques et politiques ont été conquises de haute lutte et ne peuvent être négociables, que ce soit l'égalité entre hommes et femmes, le refus de l'intrusion du religieux dans la sphère publique, le droit à la liberté d'expression, en ce compris à propos des religions : rappelons-nous qu'il y a quelques années, la croix du Christ est devenue, sur une affiche de film, croix gammée. Un pape agonisant fut récemment objet de moqueries. On peut être en désaccord avec ces affronts, douter de leur bon goût, mais ils ne peuvent constituer un délit dans nos sociétés.

Ces jours-ci, nous avons appris le projet de conclave islamique projeté par l'EMB visant à accueillir des théologiens musulmans étrangers pour unifier les pratiques religieuses de l'islam européen. Rappelons, qu'il serait inacceptable que certains de ces théologiens présents défendent des principes incompatibles avec les valeurs de nos sociétés occidentales.

L'héritage politique et historique européen est imprégné des luttes âpres tendant à la séparation de l'Eglise et de l'Etat : de la Querelle des Investitures au gallicanisme et au joséphisme en passant par la constitution civile du clergé de 1790. Les communautés musulmanes doivent reconnaître et accepter nos sociétés sécularisées, et le terreau historique et philosophique dans lequel elles plongent leurs racines pour qu'un véritable islam européen puisse s'épanouir.

(1) Web www.energies-reformatrices.be

(2) Magazine "US News".