Opinions

L’

ULB serait-elle victime du triomphe du politiquement correct et de la bien-pensée? Ou serait-elle l’otage de certains groupes d’influence qui ambitionneraient de lui dicter sa conduite? Ou bien, plus simplement, comme toutes les vieilles institutions, récupérées par le système, l’ULB s’endort-elle sur ses lauriers?

Quoi qu’il en soit, le temple de la libre pensée est en proie à d’étranges velléités, qui se répètent et adoptent des attitudes qui frisent l’atteinte à la liberté d’expression. Certains vont plus loin et n’hésitent pas à parler de censure. D’autres se désolent d’une possible crise de schizophrénie! C’est que, si la chère vieille dame se gargarise plus qu’à son tour de grandes phrases libre-exaministes, dans les faits, les choses sont parfois moins claires, moins nobles, et pas toujours très jolies

Il n’y a pas si longtemps, en effet, d’aucuns avaient été profondément choqués par l’interdiction qui avait été faite au Cercle des étudiants arabo-européens d’inviter Tariq Ramadan à donner dans les murs de l’université une conférence sur le racisme et les discriminations.

Certes, Tariq Ramadan fait l’objet de nombreuses critiques et contestations. Mais il est, cela dit, régulièrement reçu sur les plateaux de télévision et participe à de nombreuses émissions de chaînes publiques. Dès lors, n’eût-il pas été pertinent (et moins excessif) de lui donner le droit de s’exprimer? Et n’eût-il pas été plus correct de permettre de l’entendre à ceux qui souhaitaient se forger eux-mêmes une opinion propre? Curieuse attitude, de la part d’une université pour entrer dans laquelle tout étudiant ou membre du personnel doit s’engager, par écrit, à respecter les principes du libre examen C’est-à-dire à respecter l’autre, à lui permettre de parler et à l’écouter, à le défendre, même, si certains voulaient le faire taire.

Cette semaine, c’était au tour du journaliste Olivier Mukuna de voir son film "Est-il permis de débattre avec Dieudonné?" interdit de projection à l’ULB.

Alors qu’elle avait pourtant été programmée par le Cercle du libre examen (pas moins!), la projection a été annulée au tout dernier moment, au grand dam de ceux qui s’étaient déplacés pour se faire un avis sur la question.

Si le sujet est polémique, le travail journalistique d’Olivier Mukuna doit-il pour autant être passé sous silence? Le film, d’ailleurs, consiste en un débat où figurent l’humoriste Dieudonné et plusieurs personnalités, dont l’une est d’origine juive et une autre est un ancien président de la Ligue des droits de l’homme

Les libres penseurs présents ce jour-là auraient voulu voir, savoir, s’informer et penser.

Alors, que s’est-il donc passé?

Outre qu’il y a eu plusieurs plaintes, notamment de la part d’un collectif appelé "Vigilance citoyenne", le Cercle du libre examen communique: "Suite à un entretien avec les autorités de l’ULB, nous avons été contraints de reporter la projection pour des motifs tenant uniquement à l’organisation tardive". Un texte qui ne manque pas de rappeler le "Canard enchaîné" qui, en 1934, titrait: " Stavisky se suicide d’un coup de revolver qui lui a été tiré à bout portant ". Maladresse du Cercle du libre examen ou volonté de faire passer un message à ceux qui voudront bien comprendre?

Qu’est-il en train d’arriver à l’ULB? Rien qui vaille. Sans aucun doute.

Mais " à toujours tout faire comme tout le monde, au moins est-on sûr de ne pas se tromper tout seul "