Opinions
Une opinion de Simin Nouri, présidente de l'association des femmes iraniennes en France. 

Lorsque les Iraniens célèbrent l’anniversaire de la déclaration, par Cyrus II le Grand, d’une première charte des droits de l’Homme, cela se fait sous la répression et le contrôle. Le régime n’a pas hésité à déployer ses organes répressifs.


Des milliers de citoyens iraniens ont convergé dès le vendredi 27 octobre vers la province de Fars au sud-ouest de l’Iran. Cette impressionnante ruée avait comme destination Pasargades, cité antique et capitale du premier Empire perse fondé au VIe siècle av. J.-C. Ces milliers d’Iraniens voulaient commémorer, le dimanche 29 octobre, l’anniversaire de la déclaration par Cyrus II le Grand, d’une première charte des droits de l’Homme, sur le tombeau surélevé de Pasargades.

Cyrus est vénéré non seulement par les Iraniens, mais par le monde entier. "Le Cylindre de Cyrus", découvert en 1971, est salué en tant que première charte des droits de l’Homme et des nations dont l’Onu a publié une traduction dans toutes les langues officielles pratiquées dans son enceinte.

Cyrus le Grand fut le fondateur de l’Empire perse, caractérisé par la tolérance en matière religieuse et politique et par le respect de la diversité culturelle et l’intégration des coutumes de chaque population.

Une portée symbolique

Célébrer l’anniversaire de cette grande figure historique a une forte portée symbolique sous un régime qui a toujours nié le passé millénaire de ce pays avant l’avènement de l’islam, et qui a échoué dans ses tentatives d’effacer la mémoire historique collective de tout un peuple afin d’imposer son idéologie fascisante rétrograde. La théocratie au pouvoir empêche depuis près de 40 ans les Iraniens de célébrer librement les festivités ancestrales et populaires à l’occasion de la fête du feu et de Norouz considérées par les mollahs comme des fêtes païennes.

Par crainte d’un grand rassemblement populaire autour du mausolée de Cyrus, le régime a pris des mesures, plusieurs jours avant la date de célébration, en déployant l’ensemble de ses nombreux organes répressifs, notamment son bras armé, les Gardiens de la révolution, pour stopper la mobilisation populaire. Il a installé des barrages à presque toutes les routes menant à Pasargades. Selon des témoins, une ambiance de couvre-feu dominait toute la province. Des vidéos montrant des embouteillages monstres et des heurts entre les agents du régime et la population ont envahi les réseaux sociaux. Plusieurs citoyens ont été blessés.

De quoi le régime a-t-il peur ?

Depuis que le régime khomeyniste a imposé sa vision intégriste islamiste à la société iranienne, notamment à travers des lois dites de Charia, instaurant, outre des lois misogynes, toute une gamme de châtiments corporels, il n’a pas cessé de harceler les citoyens dans la pratique de leur culture et tradition. Il les a réprimés prétextant des "complots" ourdis à l’étranger et des menaces permanentes des "ennemis" qui pèsent sur de la République islamique.

Les dirigeants, toute faction confondue, continuent de montrer du doigt des pays occidentaux et les accusent de passer leur temps à fomenter des complots contre le régime de velayat e faghih (suprématie d’un guide religieux).

Mais dans les faits, au lieu de nommer et combattre ces "ennemis" extérieurs, la dictature du "Guide suprême" a déclaré la guerre à ses opposants politiques, en procédant aux exécutions et à la pratique barbare de la torture. Un exemple est l’exécution de masse de plus de 30 000 prisonniers politiques en été 1988, dont une majorité de militants des Moudjahidine du peuple d’Iran. Ce massacre est considéré par de nombreuses organisations et personnalités défenseurs des droits de l’Homme comme un crime contre l’humanité.

Puis est arrivé le tour des intellectuels, artistes, journalistes, défenseurs des droits civiques, militants des droits humains, etc. Des femmes et des mineurs ne sont pas épargnés. L’Iran des mollahs, avec un président de la République faussement qualifié de "modéré" détient le record mondial du taux d’exécutions par rapport au nombre d’habitants.

Il n’est pas étonnant que le régime ait peur de tout rassemblement des citoyens, surtout quand il s’agit d’un rassemblement de masse autour d’une célébration innée dans la culture persane. L’hommage rendu, le 29 octobre par une foule immense, à Cyrus le Grand, l’initiateur de la première charte mondiale des droits de l’Homme, notamment la liberté de choisir sa religion, l’a été non par la nostalgie d’un empire de l’antiquité ou un quelconque soutien apporté au système monarchique héréditaire de gouvernement, mais comme un message fort de la résistance en direction des religieux octogénaires qui depuis 38 ans ne cesse de marteler que la création d’une république islamique par Khomeiny marque le début de l’Histoire contemporaine de l’Iran. Le vrai ennemi du régime des mollahs est en effet le peuple iranien pour qui toutes les occasions sont bonnes pour montrer sa colère contre les gouvernants qui ont ruiné leur pays, terrorisé la société et continuent à semer le chaos et la terreur dans la région du Moyen-Orient.

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