Opinions

Le 12 août 2010 débutait l’année internationale de la jeunesse, à l’initiative de l’Onu. Une année placée, pour les jeunes et ceux qui les observent, sous le signe de l’espérance. Espérance de voir la jeunesse contribuer à changer le monde. Espérance de voir la nouvelle génération progresser dans ses projets de vie. Espérance aussi de voir les responsables de notre monde accorder une place plus importante aux jeunes. Il y a un an, paraissait une opinion intitulée "Faire confiance aux jeunes" (1). Un an après, le moins que l’on puisse dire est que les jeunes n’auront pas déçu en cette année ! Mais il reste de nombreux défis à relever

En 2011, les jeunes auront été aux rendez-vous de l’Histoire, surtout par un fait majeur : les révolutions arabes, qu’ils auront déclenchées et menées. Renverser des dictatures, démocratiser les régimes autoritaires arabes : voilà un défi réputé impossible que les jeunes auront essayé de relever en 2011. Qu’elles aient abouti dans plusieurs pays, comme en Tunisie et en Egypte, ou qu’elles restent à faire aboutir dans d’autres, notamment en Syrie ou le régime sanguinaire massacre encore chaque jour son peuple, ces révolutions arabes, fait historique majeur depuis la chute du mur de Berlin, sont marquées du sceau indélébile de la jeunesse; grâce à son espoir, qui fait toute sa vigueur et sa richesse, que des lendemains meilleurs sont toujours possibles.

En me rendant, au mois d’avril, en Tunisie et en Libye, j’ai pu constater à quel point les jeunes aspiraient à un nouveau modèle chez eux, mais aussi à des partenariats avec l’Occident. Notre responsabilité, comme jeunes européens, est de soutenir la mise en place effective de la démocratie dans ces pays. Toute association de jeunesse devrait réfléchir à prendre des initiatives pour mettre en place des partenariats concrets, qui contribueront aussi à établir des ponts entre les cultures. Le Conseil de la Jeunesse de la Communauté française l’a d’ailleurs bien compris, lui qui travaille dans le sens d’une collaboration avec les jeunes tunisiens pour la mise en place d’un Conseil de la Jeunesse dans ce pays. Il est intéressant de relever que le thème de l’année internationale de la jeunesse écoulée était "dialogue et compréhension mutuelle", et qu’il indique clairement la voie à suivre.

En Belgique également, les jeunes auront démontré leur énergie, leur capacité d’indignation et de rassemblement, assorties à l’espoir du changement. En se mobilisant plusieurs fois pour la mise en place rapide d’un gouvernement, ils ont exprimé leur volonté de participer au débat. Une fois de plus, ce sont les jeunes qui ont été à la tête des mobilisations citoyennes, démontrant la confiance que notre société peut placer dans l’idéal de sa jeunesse.

Dans l’accord de gouvernement fédéral, des thèmes seront essentiels pour les jeunes. Enjeux fondamentaux que j’identifiais l’année passée et qui restent évidemment toujours d’actualité :

1. L’allongement de la vie d’abord. La jeune génération ne sera prête à supporter le coût croissant du vieillissement que si des mesures continuent à être prises pour lui permettre de se lancer dans la vie et d’accéder à l’emploi. Cette priorité, couplée à l’investissement dans la formation, est un élément essentiel de solidarité qui permettra d’augmenter le taux d’emploi et, par conséquent, le bien-être dans la société.

2. La réforme institutionnelle : Elle ne pourra aboutir que dans le dialogue et l’ouverture à l’autre. Les jeunes de la génération actuelle n’ont pas connu le mur de Berlin, ni les postes douaniers entre Etats. Une "génération Erasmus" fait une partie de ses études à l’étranger. Les jeunes ne veulent pas construire de nouveaux murs. La réforme à venir devra donc maintenir des liens de solidarité, d’échanges et de rencontres dans un cadre fédéral, et viser non pas à séparer les communautés et régions mais à les unir, chacune avec une autonomie certaine, au sein d’un projet Belgique chapeauté par un projet Europe.

Un troisième évènement, toujours en cours, ne peut être passé sous silence : les émeutes en Angleterre. Elles ne sont pas le fait de la jeunesse anglaise dans son ensemble, mais les actes posés par une minorité interpellent. La société ne doit, au moment des faits, ne réserver aucune tolérance pour ces comportements inacceptables de casseurs. Par contre, dans l’analyse, il importe de tenir compte des causes qui mènent à cette violence. Un enfant ne naît pas violent. Il le devient par les circonstances de la vie.

A cet égard, même si cela ne fait pas toujours plaisir à entendre, les émeutes, anglaises aujourd’hui, françaises ou grecques hier, montrent à quel point l’oubli ou la confiscation de l’avenir de la jeunesse ou d’une de ses franges, est toujours sanctionné, tôt ou tard.

Ces trois évènements majeurs, chacun à leur échelle, sont un appel clair, presque une démonstration, indiquant qu’il est plus que jamais nécessaire "d’investir" dans le capital humain et les perspectives d’avenir des 0-25 ans. En Belgique comme ailleurs, des plans concrets, coordonnées entre gouvernement et représentants des jeunes à destination des 0-25 ans ou des 15-25 ans, qui répondent à leurs préoccupations actuelles et futures, sont plus que jamais nécessaires.

Ces mobilisations, où le rôle des jeunes a été mis en avant, ne sont pas le fruit du hasard. Certes, elles émanent, dans les deux premiers cas du moins, d’un idéal d’engagement dans la société avec pour aspiration des valeurs de démocratie, de liberté, de respect. Mais elles sont également dues aux craintes des jeunes par rapport à l’avenir et à la précarité vécue actuellement par beaucoup d’entre eux, notamment en termes d’emploi. Si en Belgique, des initiatives positives ont été prises pour favoriser l’accès au travail et la formation des jeunes, il n’en est pas de même partout et ce défi reste largement à relever.

Et si la société ou ses responsables regardent parfois d’un regard bienveillant les "révolutions", les ambitions d’avenir, les projets de la jeunesse pour demain, ces derniers sont souvent confisqués ou tus. Or les jeunes sont la société de demain, sont des gages de changements et de progrès. Ils doivent être écoutés, entendus et crédibilisés, alors que dans l’horizon actuel, de manière générale, un écho trop faible est donné aux initiatives quotidiennes qu’ils prennent, aux défis incroyables qu’ils se montrent prêts à relever. Il leur reste donc, en Belgique et ailleurs, à entretenir leur audace, à faire davantage écho de leurs ambitions et à continuer à s’unir pour porter des messages, que cela soit spontanément, dans les organes prévus à cet effet ou sous toutes formes de collaborations entre jeunes ou avec des jeunes, comme par exemple sous forme d’une "Union nationale des jeunes" à élaborer.

Il y a un an, je terminais l’opinion par la phrase "Tant qu’il y a des jeunes, il y a de l’espoir". La conclusion vaut toujours aujourd’hui ! Faisons-leur confiance !

(1) "Faire confiance aux jeunes", LLB 12/8/2010

Rodolphe SAGEHOMME

Ancien ou actuel responsable de différentes associations de jeunesse (étudiantes, scoutes, jeunesse politique…)

Rodolphe_sagehomme@yahoo.fr