Opinions
Une chronique d'Eric de Beukelaer. 

Ouvrons les églises pour leur rendre vie. L’avenir de la maison de Dieu, c’est d’être aussi une maison du peuple.


Que faire de toutes nos églises ? La question est à aborder avec lucidité et sérénité. En deux siècles, le nombre d’églises a triplé dans le pays. La population augmentait et presque chacun allait à la Messe. Aujourd’hui, quelque 5 % des Belges pratique tous les dimanches et entre 15 et 20 % le fait occasionnellement. Dans bien des églises, l’Eucharistie n’est plus célébrée qu’une à deux fois par mois. Si ces lieux de cultes sont réservés aux seuls pratiquants, leur avenir semble donc compromis.

Qu’une église dépourvue de toute utilité cultuelle soit désaffectée au culte, voire démolie, n’est pas un tabou. Cependant, avant d’opter pour une mesure aussi définitive, il convient de prendre de la hauteur. En effet, si une église accueille les fidèles pratiquants, elle appartient tout autant aux catholiques non-pratiquants. Même plus, elle est là pour tous les citoyens, quelle que soit leur croyance ou incroyance. Dans un monde de bruit, une église est un espace de silence. Dans une société où tout a un prix, elle accueille gratuitement. Dans une culture du "tout, tout de suite", elle est un lieu où le temps… prend son temps. De nos jours, nombre d’églises hébergent d’ailleurs des activités complémentaires au culte, qu’elles soient culturelles (concerts, expositions,…) ou citoyennes. Bien préparé et réfléchi, ceci contribue à rendre vie aux églises. En Flandre, le CRKC (Centrum voor Religieuze Kunst en Cultuur) et récemment en Wallonie, le Cipar (Centre interdiocésain du Patrimoine et des Arts religieux), sont des instances créées par les évêques pour accompagner la réflexion concernant la préservation et valorisation du patrimoine des églises.

Il existe cependant une démarche simple pour rendre vie aux églises. Une démarche simple et complexe à la fois : celle de les ouvrir. Vols, délinquance et déprédations ont conduit la plupart des fabriques d’église (établissements publics animés par des bénévoles, qui ont la charge légale de l’entretien des églises) à fermer les églises en dehors des heures de cultes. Je ne leur jette pas la pierre. Ayant été curé des années durant, je suis conscient de la difficulté. Il n’empêche : une église fermée devient un mausolée opaque, alors que l’endroit devrait être un symbole d’accueil. En me lisant, nombre de lecteurs penseront peut-être : "Il a raison…". Mais le penser ne suffit pas. Pour rendre nos églises accessibles à la population, il s’agit de s’en donner les moyens. Tout ne peut reposer sur les épaules du curé ou des fabriciens. Quand un sacristain permanent se trouve sur place, il peut assurer ce rôle. A défaut, la technique est une aide (quelques caméras de surveillance bien placées et des alarmes protégeant des lieux sensibles). Cependant, c’est surtout un élan citoyen qu’il s’agit d’enclencher. Là où se crée un comité, uni par le désir de garder une église ouverte, tout devient possible. Chacun y prend une responsabilité, telle celle d’assurer un jour par mois l’accueil et un minimum de vigilance. Parfois, des bourgmestres participent à l’effort commun, en organisant le passage régulier d’agents communaux ou de policiers. Et puis, il y a les conseils externes. Ainsi, l’initiative citoyenne "Eglises ouvertes" (1), qui, depuis 10 ans, encourage les acteurs du terrain à réouvrir leurs églises. Je le répète : la chose n’est pas facile et parfois irréaliste dans l’immédiat. Il n’empêche, l’objectif d’ouvrir nos églises doit chatouiller la conscience de tous ceux qui sont concernés par leur avenir. C’est en rendant celles-ci accessibles à la population que leur pérennité sera le mieux assurée, car elles retrouveront leur place au cœur de la cité. Quand des bourgmestres me demandent comment j’envisage l’avenir des églises, je réponds : "L’avenir de la maison de Dieu, c’est d’être aussi… une maison du peuple".

(1) www.eglisesouvertes.be

(*) Blog : http://minisite.catho.be/ericdebeukelaer/