Opinions

Une opinion de Régis François, cadre de société et président d'une ASBL citoyenne; Christophe Van Gheluwe, fondateur de Cumuleo; David le Bussy, entrepreneur administrateur Klinkenberg Energy; Hamid Benichou, acteur de terrain; Gérard Vandevenne, entrepreneur Intramuros Energy; Baudouin Hambenne, enseignant; Guillaume Dos Santos, étudiant en économie (UCL); Gauthier Sepulchre, graphiste; Pin Daniel, retraité; et Etienne Dujardin, juriste et chroniqueur.


Nous ne croyons pas qu’un centrisme mou, donnant un coup à gauche, un coup à droite et recyclant des personnalités de ces trois partis, soit ce qu’attendent vraiment les citoyens.


C’est un secret de polichinelle que l’aspiration de certains à créer une nouvelle offre politique face au déclin des partis traditionnels. On voit d’ailleurs à intervalles réguliers des "fuites" dans la presse concernant la création d’un mouvement regroupant des membres du CDH-DéFI-Ecolo. Le paysage politique a envie de bouger, la victoire de Macron au premier tour a redonné l’envie à certains de relancer les discussions. Nous ne croyons pas qu’un centrisme mou, donnant un coup à gauche, un coup à droite et recyclant des personnalités de ces trois partis, soit ce qu’attendent vraiment les citoyens. Au contraire, dans toute l’Europe, les partis qui n’ont pas su défendre une vision claire et cohérente sont justement, tous ou presque, à l’agonie.

Des sujets mal portés

Ceci étant dit, un timing favorable au renouveau existe et personne ne peut nier qu’un nouveau souffle doit arriver dans la partie francophone du pays. L’affaire Publifin a été très mal gérée par les partis politiques, on doit aller beaucoup plus loin en termes de bonne gestion. Il faut diminuer de manière drastique le nombre de sièges rémunérés dans les intercommunales ou autres ASBL publiques. Il faut mettre fin à certaines rémunérations indécentes et aux rétrocessions de pourcentage de rémunération de tous ces postes aux partis politiques. D’autres moyens sont alloués par l’Etat pour financer les mouvements politiques. D’autre part, comment se fait-il que bien que l’immense majorité de la population soit favorable à la suppression des provinces, aucun parti n’en fasse un point important de son programme ? La transparence et la bonne gestion doivent également arriver jusqu’au syndicat dont l’absence de personnalité juridique n’est plus raisonnable.

Différents sujets sont très mal portés par les partis en place, qu’ils soient dans la majorité ou dans l’opposition. On pense évidemment au sujet fondamental de l’enseignement. Un parti qui exigerait la fin immédiate du décret inscription et qui reverrait complètement le Pacte d’Excellence tant décrié obtiendrait un réel écho. L’enseignement aujourd’hui a davantage besoin de liberté pour recruter des professeurs, pour permettre aux parents de choisir l’école qui correspond à leur choix pédagogique, pour augmenter l’autonomie des directions dans la gestion de l’établissement face aux réalités locales. L’école d’aujourd’hui, outre ce besoin essentiel de liberté, appelle à un retour à l’exigence : à force de prôner "l’école de la réussite" et d’imposer des pédagogies innovantes, on a cassé l’enseignement et augmenté les inégalités. Peu de partis aujourd’hui portent avec force ces éléments dans le débat.

Cohérence et parole donnée

Aucun parti non plus ne défend le sujet de la re-fédéralisation des compétences, aujourd’hui disséminées entre Etat fédéral, Régions et Communautés. Un système comportant quatre ministres de l’Environnement, par exemple, n’a aucun sens. De même, une mise en commun des forces pour porter la voix de la Belgique de manière commune au niveau du commerce extérieur serait plus qu’opportune. Beaucoup de partis pensent déjà à la 7e réforme de l’Etat ou au confédéralisme. Le citoyen de base n’en peut plus de toutes ces réformes institutionnelles qui compliquent plus qu’elles ne simplifient les rouages du pays. Le pays manque également d’une politique cohérente sur le long terme et du respect de la parole donnée. Un exemple : le cas des propriétaires wallons de panneaux photovoltaïques. Dès le 1er janvier 2019, le gouvernement wallon les frappera d’un tarif annuel "solidaire" (sic) de plus de 20 €/panneau/an soit une facture annuelle moyenne de 500 € pour avoir eu l’audace d’accomplir un geste pour la planète.

En matière économique, une politique encore plus importante de soutien aux PME, aux très petites entreprises et au monde agricole peut être développée. On pourrait modifier les intérêts notionnels qui profitent énormément aux grands groupes et les lier à de réels engagements en termes d’emplois. Il faut prendre des mesures beaucoup plus massives et renforcer les équipes pour lutter contre la fraude fiscale et la criminalité en col blanc. Tout comme il faut lutter contre les dérives d’un système qui fait qu’actuellement, un indépendant qui a travaillé toute sa vie peut percevoir une pension moins importante que quelqu’un qui a été au chômage la majeure partie de sa carrière. De même, il est plus qu’étonnant que les fonds de logement (organismes publics) prêtent de l’argent à des personnes ne disposant d’aucun revenu du travail pour acheter un immeuble alors que 20 % des indépendants se voient refuser l’accès au crédit hypothécaire classique.

Un ensemble d’autres mesures liées à l’écologie, à la défense de nos valeurs face au communautarisme, à la sécurité, mériteraient également d’être abordées…

Une vision claire

Il manque aujourd’hui d’une vision claire pour notre pays, le citoyen attend qu’on lui en propose une.

Le but de notre appel n’est pas, à ce stade, de constituer un programme exhaustif, mais de montrer qu’un espace existe pour quelque chose de nouveau. Beaucoup de membres de la société civile ne pourront laisser les extrêmes continuer à prospérer longtemps sans bouger. Les extrêmes réussissent à prospérer sur la colère d’un grand nombre de citoyens et les partis traditionnels, tous mêlés au pouvoir depuis plus de 30 ans, ont du mal à répondre à cette soif de nouveauté et de transparence. Il y a donc une opportunité à saisir pour créer un nouveau parti, un nouveau mouvement citoyen, un nouveau courant au sein d’une formation plus large… Peu importe la manière, ce qui compte, c’est qu’un certain nombre de personnes issues de la société civile se lèvent pour apporter leur pierre à l’édifice et pour partager leurs idées, leurs talents et leurs compétences dans un élan de renouveau. Le champ est vaste; il reste deux ans avant les élections de 2019 pour relever le défi !

Titre, introduction et intertitres sont de la rédaction. Titre original : Pourquoi le moment semble opportun pour un renouveau politique côté francophone.