Opinions
Une opinion de Simin Nouri, présidente de l'association des femmes iraniennes en France (*).


Les Iraniens manifestent à coups de slogans et réclament une alternative à la dictature des mollahs. Ils souhaitent qu’on leur rende un "Iran libre".


Le samedi 30 juin 2018, des dizaines de milliers de personnes se rassemblent à Villepinte, près de Paris, pour montrer au monde qu’une alternative à la dictature des mollahs existe bel et bien et qu’elle est déterminée à rendre un "Iran libre" à son peuple méritant.

L’Iran ne se résume plus à l’accord nucléaire ou à ses dirigeants appelés tantôt "modérés" tantôt "conservateurs". Lesquels ont, au nom de la religion, pris en otage depuis près de quatre décennies des dizaines de millions d’hommes et de femmes parmi les plus éduqués et cultivés au Moyen Orient.

Les protestations à l’intérieur de l’Iran ont commencé il y a déjà près de deux ans dans plusieurs villes. Aux avant-postes, les victimes des établissements financiers affiliés aux Gardiens de la révolution. Les manifestations ont progressivement pris une ampleur sans précédent ces derniers mois et se sont étendues aux quatre coins du pays. Celles-ci se sont transformées en un vaste soulèvement populaire en décembre 2017 et janvier 2018 dans plus de 140 villes du pays.

Le mouvement de protestation a touché depuis quelques jours le grand bazar de Téhéran, le poumon économique de la capitale, où les commerçants ont baissé les rideaux de leurs boutiques. D’autres manifestations spontanées ont éclaté aux cris de "Mort au dictateur" et "Lâchez le Liban et la Syrie, pensez à nous"…

Les Iraniens n’ont pas bénéficié des milliards de dollars débloqués, dont plus d’un milliard de dollars "cash" remis à la théocratie par l’administration de Barack Obama suite à l’accord sur le nucléaire. La quasi-totalité de ces sommes sont dépensées pour les ambitions régionales hégémoniques du régime du Guide suprême, ou pour remplir les poches des proches du pouvoir.

Le monde libre est excédé par l’intégrisme islamiste, réveillé par le khomeynisme, et les Iraniens sont dégoûtés par cette dictature religieuse qui repose sur la misogynie d’un autre temps, les pires châtiments corporels et l’exportation de son modèle de gouvernement velayat-e faghih (suprématie absolue d’un guide religieux) vers d’autres pays.

Des slogans joliment rimés en persan et de plus en plus hostiles aux dirigeants, expriment la colère abyssale de différentes couches de la société contre ce régime répressif et corrompu, qui plonge chaque jour davantage son peuple dans la pauvreté, voire la misère, alors que cette même population marche sur l’un des sous-sols les plus riches au monde.

Des vidéos, largement diffusées sur les réseaux sociaux, montrent des manifestants dans de nombreuses villes du pays autour de longues nappes blanches vidées de nourriture. On peut également voir des participants à des prières collectives de vendredi, qui tournent délibérément le dos au mollah chargé de guider la prière.

Ces contestations sont évidemment réprimées brutalement par les agents de divers et nombreux organes de répression. Mais le cri pour "liberté, justice, pain et travail", qui retentit dans tout l’Iran, est devenu le slogan national.

Depuis l’annonce à l’intérieur du pays du rassemblement "Alternative pour un Iran libre" par le biais des réseaux sociaux, les messages de soutien affluent de la société civile et des concitoyens. Ils considèrent l’événement comme écho de leur propre appel à la liberté sachant que la réunion parisienne de la diaspora iranienne autour de Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI) et de son programme pour l’Iran de demain, présentera au monde l’alternative viable face au régime des mollahs et exposera la détermination des Iraniens pour instaurer une démocratie où la liberté et l’égalité homme-femme seront assurées.


(*): Egalement co-auteur de l'ouvrage "Où va l'Iran? Regards croisés sur le régime et ses enjeux d'influence" aux éditions Autrement.