Opinions

Ministre des Affaires étrangères

La bonne gouvernance est bien plus qu'un simple concept à la mode dans les débats politiques d'aujourd'hui. C'est un principe fondamental et pas uniquement ici. Nous nous sommes rendus compte, ces dernières années, de son importance cruciale pour le processus de développement des pays du tiers-monde. Nous le réalisons d'autant mieux qu'une mauvaise gouvernance est à l'origine non seulement d'une pauvreté bouleversante mais encore qu'elle est devenue la source de conflits persistants. Voilà pourquoi ce concept apparaît maintenant dans toutes sortes de textes. On ne compte plus le nombre de passages dans des déclarations finales de conférences internationales qui soulignent son importance. Ce que tout cela signifie en réalité n'est toutefois pas si clair. Gouvernements, société civile et secteur privé - au Nord et au Sud -, qu'allons-nous faire, tous ensemble, autrement demain ? Le fossé entre les nobles principes et la pratique quotidienne reste grand.

Si nous intégrons la bonne gouvernance d'une manière convaincante dans les différentes composantes de notre politique étrangère, nous serons obligés de faire des choix. Choix que nous n'aurions peut-être pas faits dans le passé, ou que nous aurions réalisés différemment. Si nous sommes sérieux en matière de bonne gouvernance, nous devons être disposés à faire face à ces conséquences. If we talk the talk, we'd damn well better walk the walk.

Devons-nous définir la bonne gouvernance de façon restrictive ou plutôt de manière globale ? La "bonne gouvernance", est-ce bien le terme correct ? Et qu'en faisons-nous dans la pratique ? Devons-nous sanctionner la mauvaise gouvernance ou récompenser la bonne gestion ? C'est une discussion académique passionnante, qui cependant, ne nous aide pas - pour l'instant du moins - sur le plan politique.

Pour ma part, j'ai parlé à plusieurs reprises de gouvernance effective , c'est-à-dire, une gouvernance qui atteint les objectifs. Et ces objectifs sont fixés sur le plan national (par le biais d'un processus démocratique participatif) ainsi que sur le plan international (lors de forums multilatéraux). Mais qui détermine quelle gouvernance est bonne pour qui ? Sur le plan national, c'est l'électeur qui a le dernier mot. La bonne gouvernance est donc non seulement une gouvernance effective, mais également une gouvernance qui se justifie . L'efficacité ne suffit pas, la transparence et la légitimité sont tout aussi indispensables.

Cette dernière décennie, les vagues de démocratisation ont, sans aucun doute, eu une influence positive à ce point de vue. Aujourd'hui, un plus grand nombre de responsables sont élus de façon démocratique et les dirigeants sont davantage conscients qu'ils doivent être élus par la voie des urnes. Mais les élections ne constituent pas une fin en soi. Etre légitiment élu ne donne pas que des droits, mais implique également des responsabilités.

Les opinions peuvent diverger sur une éventuelle "définition" de la bonne gouvernance. Par contre, tout un chacun reconnaîtra la mauvaise gestion et ses conséquences. Et un des symptômes les plus pervers de la mauvaise gouvernance est la corruption. Non seulement la "petite" corruption qui est à la fois la conséquence et la cause du sous-développement. Mais surtout la "grande" corruption, la kleptocratie, qui reste dans de nombreux pays du tiers-monde une triste réalité et qui hypothèque le développement d'un pays.

Plus de 800 millions de personnes vivent aujourd'hui sous le seuil de pauvreté de 1 dollar par jour. Du point de vue historique, cette pauvreté n'est pas seulement la conséquence d'une mauvaise gouvernance. Il est évident que sans bonne gouvernance dans ces pays, la situation ne s'améliorera jamais.

Ce choix en faveur d'une bonne gouvernance est loin d'être neutre que ce soit pour les pays riches ou pour les pays en voie de développement, et implique des responsabilités mutuelles. Le simple transfert d'argent ou de moyens vers les pays en voie de développement ne suffira pas. Les pays riches et pauvres sont conjointement responsables et doivent gérer ce défi de façon systématique.

Opter pour la bonne gouvernance, plutôt que pour la mise en oeuvre de projets ponctuels, entraîne les partenaires de développement au coeur de ce qui se vit dans un pays. Ce choix signifie aussi que les problèmes soient clairement énoncés afin de pouvoir les résoudre. Cela n'a rien à voir avec des sermons moralisateurs ou des critiques néocolonialistes. C'est l'unique manière de s'engager sur la voie de résultats. Ce sont là des objectifs auxquels tant les populations locales que nos citoyens aspirent.

Jusqu'à présent, le secteur privé est resté en grande partie à l'écart de ce débat. Néanmoins, ce secteur est à terme celui qui fournira au développement durable une base solide. C'est la raison pour laquelle il est temps que les entreprises y soient pleinement associées. Non seulement afin de contrôler les influences négatives d'un certain nombre de flibustiers et d'entrepreneurs irresponsables, acceptant corruption et violation de tout type de normes. Mais également pour examiner comment les entreprises - qui ont tout intérêt à une bonne gouvernance - peuvent y contribuer.

Gouvernements, société civile et secteur privé du Nord et du Sud, réunis en tant que partenaires pour la consolidation de la bonne gouvernance. Ceci est le thème de la conférence internationale convoquée en coopération avec la Banque mondiale et l'OCDE, les 14-15 mars à Bruxelles(*). Je suis persuadé que les idées qui émergeront de cette conférence, contribueront de manière importante à la prise de décisions au sein des institutions internationales comme la Banque mondiale, l'UE et l'OCDE et qu'elles nous aideront aussi à soutenir et définir notre propre approche belge en ce qui concerne la bonne gouvernance.

(*) Cet évènement donnera l'occasion à plus de 450 participants d'exprimer leurs idées, de faire le bilan des actions passées et de formuler des propositions pour l'avenir, que ce soient des options politiques ou des actions concrètes.