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Le principe de non-discrimination est devenu parfois un argument massue qui ne tolère point de contradiction. A quelques nuances près...

Chroniqueur

Le principe de non-discrimination est devenu de nos jours un argument ultime dans de nombreux débats, notamment, législatifs. Il est même parfois un argument massue qui ne tolère point de contradiction. La Cour européenne des droits de l'homme affirme qu'il y a discrimination lorsque des «situations objectivement comparables» sont traitées «de manière différente et sans motif objectif et raisonnable». En partant de cette définition, nous considérons discriminant si les femmes sont exclues du droit de vote, car elles sont traitées différemment des hommes alors que leur cas est «objectivement comparable» (hommes et femmes sont égaux) et qu'il n'y a point de «motif raisonnable» de les traiter différemment. L'exemple est clair. Mais toutes les situations ne sont pas aussi limpides. Je présente ici trois cas qui se prêtent à la discussion:

1. Toutes les compétitions sportives sont organisées séparément pour hommes et pour femmes. Est-ce discriminatoire?

2. La société utilise pour certains messages importants le langage des couleurs (feux de circulation, médicaments à prendre, boutons des appareils, fils électriques, etc.). Est-ce discriminatoire à l'égard des daltoniens?

3. Dans le même avion ou le même train, certains voyagent en 1re classe, d'autres en classe économique (ou 2e classe). Les seconds sont-ils discriminés par rapport aux premiers?

La séparation des sexes pour les compétitions sportives me paraît justifiée car, par la nature même, la configuration des femmes et des hommes et leurs capacités physiques sont différentes. Si on les faisait courir ensemble ou si on les mélangeait sur les courts de tennis, les premières places reviendraient aux hommes. Ce qui paraîtrait inéquitable et, à la longue, lassant. Il serait par contre discriminatoire de ne pas laisser jouer ensemble hommes et femmes aux échecs ou au bridge où la force physique n'intervient pas.

Si les daltoniens revendiquaient le droit d'accéder à toutes les professions (imaginez-les pilotes d'avion!) alors que par leur nature ils ne distinguent pas les couleurs, l'acceptation de leur revendication conduirait à des dégâts sociaux considérables. Par contre, j'estime qu'ils sont discriminés par la multiplicité des consignes, instructions, modes d'emploi, dont le message est formulé par des couleurs. Au lieu de prescrire des pilules bleues, rouges ou jaunes, ne serait-il pas plus équitable de fabriquer des pilules rondes, carrées ou oblongues?

Bien que tous les citoyens soient réputés égaux, la distinction par classe dans les avions et les trains est entrée dans les moeurs et ne se discute pas, car on estime que les voyageurs en 1re classe ont payé pour... Si nous avions un système de valeurs où les richesses jouissaient d'une considération moindre, la distinction pourrait être jugée inéquitable et, par conséquent, discriminatoire. Etant donné notre système de valeurs, séparer les voyageurs par race paraîtrait scandaleux alors que leur séparation par leur capacité matérielle ne l'est pas.

Le lecteur aura remarqué que pour trancher chaque dilemme, j'ai utilisé trois critères: la nature des choses (ex.: la constitution physique des femmes), les valeurs partagées par la société (ex.: l'équité) et la nuisance causée aux autres (ex.: les pilotes daltoniens).

Appliquons maintenant nos raisonnements à une question d'actualité: le droit des couples homosexuels d'adopter des enfants. Il est évident que tous les êtres humains sont égaux, quelle que soit leur orientation sexuelle. Il serait donc discriminatoire de les traiter différemment dans leur vie professionnelle, dans le domaine politique, etc. Mais dans la question que je viens de poser, un couple homosexuel et un couple hétérosexuel présentent des différences objectives. Seules les unions hétérosexuelles sont de nature à donner naissance à des enfants. Les couples homosexuels sont par définition stériles. Ils pourraient recourir à l'adoption, mais alors une troisième personne entre en considération: l'enfant. Or, il est fondé que tout enfant a droit à un père et à une mère, de connaître ses parents et, si possible, d'être élevé par eux. C'est donc l'enfant et ses intérêts qui viennent se placer au coeur du problème et priment sur un hypothétique droit à l'enfant. Avoir des parents hétéro- ou homosexuels représente pour l'enfant des situations différentes (dans le couple homosexuel il est privé soit de père, soit de mère). Traiter autrement, dans ce domaine, les orientations sexuelles différentes me paraît donc raisonnable et point discriminatoire.

Le problème a, bien entendu, d'autres aspects; je l'ai considéré uniquement sous l'angle de la discrimination.

© La Libre Belgique 2005