Opinions On nous a promis une proposition géniale. Les informations montrent plutôt l’accouchement d’une souris. Mais qu’importent d’ailleurs les ratios imposés : personne ne dit pourquoi réduire la taille des classes ? Car, d’emblée, tous les professionnels savent que c’est un des facteurs les plus faibles en termes de prédictivité de réussite.

L’étude des systèmes scolaires les plus performants (Mc Kinsey) montre avec pertinence que pour lutter contre l’échec scolaire, la qualité du professeur importe bien plus que le nombre d’élèves par classe. Faut-il alors tant débattre de cette question du nombre d’élèves dans les classes ? Démagogue et centralisateur, ce slogan du nombre d’élèves par classe est un écran de fumée qui masque plusieurs choses.

Côté pile, moins d’élèves permettraient de réduire les difficultés des enseignants (car on suppose que telle est la visée des syndicats : la qualité de vie des travailleurs ?). Il faut alors s’interroger sur ce qui se passe dans une société où les enseignants sont victimes d’enfants non gérables et de parents agressifs (et souvent, d’autant plus que leur enfant ne leur obéit déjà plus non plus). Et si on créait une asbl "Droit des vieux" ? Ou simplement, une société qui ose dire non. Et sanctionner.

Par ailleurs, cette réduction nous mène à des pertes d’emploi. En effet, en travaillant par moyennes, on peut mettre plus d’élèves dans une classe, ce qui compense une option moins fournie, assurant ainsi un nombre global d’élève qui fera mériter à l’école un certain nombre d’heures-professeur. Si on est cadenassé, il y aura moins d’élèves, moins donc d’heures, moins de souplesse d’organisation et donc finalement moins de personnel. Bonne chose quand la Communauté est exsangue Quel était encore le but des syndicats ?

Côté face, on promet une meilleure réussite des élèves. Non seulement, l’impact d’un plus petit nombre d’élève est faible, mais, patatras, les scientifiques montrent que la diminution du nombre d’élèves dans la classe est préjudiciable aux enfants issus de milieux défavorisés ! "La réussite augmente avec le nombre d’élèves pour les enfants des classes défavorisées et diminue pour ceux qui sont issus de classes favorisées".

Cherkaoui (1979) donne de cette constatation singulière l’explication suivante : le grand nombre favorise l’anonymat dans les couches populaires, le petit nombre favorise la mise en valeur de la personne dans les milieux aisés : or pour beaucoup d’enfants d’origine populaire, l’anonymat est perçu comme le moyen de se sentir en sécurité.

Voilà donc, une fois encore, la voie pédagogique infernale pavée de bonnes intentions. La taille des classes, mesure de faveur aux meilleurs ? Evidemment, comme de la pure idéologie préside aux réflexions, autant chanter Malbrough. Les moins préparés paieront une fois encore le prix des élucubrations d’une pensée unique.

Sur la tranche : comment comprendre que les décrets limitent le nombre d’élèves en 1re à 24 pour les aider à réussir et que la CIRI, qui autant que je sache, est attachée à la même Communauté (ou Fédération) qui vote ces décrets, impose jusqu’à 26 élèves par classe ? On nous jure pourtant qu’il y a bien assez de places. Pourquoi surcharger alors certaines écoles ? Y aurait-il des écoles où on n’ose pas placer certains élèves ?

Reconnaissons-le avec regret, il faut effectivement parfois pallier à la qualité des professeurs : mal formés quant au maintien de la discipline, mal préparés à faire face à un groupe, quand on ne les a pas laissés passer parce qu’il faut bien faire avancer et que la pénurie est là. Il ne s’agit pas ici de "casser" du collègue, mais de rendre objectivement compte à la fois du manque de préparation de beaucoup de jeunes collègues et du nombre de choix "par défaut" d’un métier décrié.

Achevons l’affaire en précisant que ces histoires de nombre ne tiennent pas devant les chiffres. Dans un moment de pénurie d’écoles, déjà au fondamental, bientôt en secondaire (on peut raisonnablement penser que les petiots vont grandir, mais mieux vaut l’écrire, avant que les politiciens ne fassent les surpris dans quelques années), on va donc diminuer les moyennes par classe ? E. Michel (directeur général du Segec) a livré dans la presse un petit calcul intéressant : une école qui a 457 élèves en 3e et 4e secondaires reçoit 631 périodes-professeur. "Avec les moyennes actuelles de 27 élèves, l’école s’en sort. Mais si on passe à 25 élèves, on aura besoin de 673 périodes."

Impasse, comme il le dit lui-même, car il va de soi qu’il n’y a plus d’argent (en tout cas dans la gestion calamiteuse actuelle) pour payer ces enseignants supplémentaires (deux dans l’exemple cité). Et il faudra mettre quelque part ces classes supplémentaires (à moins d’avoir des bâtiments extensibles, en caoutchouc) ou prendre moins d’élèves. Paradoxal quand on pleure après les places.

Ainsi, mieux vaut disserter sur le sexe des anges (ou leur nombre par nuage) que d’aborder le manque d’éducation des enfants et le manque de moyens osés ou accordés pour y répondre (la remarque vaut significativement pour la justice des mineurs), les écoles où personne ne veut aller (à cause des mêmes débordements), la chute du niveau des écoles normales à la suite de celui des écoles fondamentales et secondaires qui y préparent, l’incapacité de nos politiciens à penser au-delà de l’écopage financier du navire qui coule, le manque de projet pour demain.

Récemment, des penseurs de gauche dissertaient sur la montée des extrêmes droites et les gauches qui périclitent, mais n’est-il pas temps d’aborder certains sujets en face, faute de quoi la gauche continuera à faire le lit de l’extrême-droite ? Qu’on rende possible de donner cours (et non de faire ce qu’on peut pour éviter l’émeute), qu’on fustige les politiciens qui ont fait passer des économies budgétaires (depuis Onkelinckx) en salissant le métier (c’est bien connu, nous ne faisons rien et avons plein de vacances) et qu’on forme à la réalité d’un groupe-classe sans censurer la discipline !

Rappelons pour finir que "toutes les réformes de l’enseignement ont pour principal objectif la réduction de l’échec scolaire"; or cet échec scolaire, si inadmissible soit-il, ne concerne jamais qu’une minorité d’élèves. En transformant plus ou moins, selon leurs ambitions propres, la totalité du système pour tous les élèves, même ceux qui réussissent, elles courent le risque de mettre en échec ceux qui auparavant ne l’étaient pas."