Opinions Une opinion de Geoffrey Minne, Economiste chez ING Belgique (à titre personnel)


Dimanche, les électeurs espagnols se rendent aux urnes en vue de renouveler le Parlement et déterminer le prochain gouvernement. Le temps est au bilan pour le gouvernement Rajoy et dans ce cadre, nul ne peut ignorer les performances économiques. En l’espace de 4 ans, le pays est passé d’une situation d’urgence où les institutions européennes sont venues à la rescousse du gouvernement, à une situation plus contrôlée où le gouvernement a remboursé anticipativement des emprunts contractés auprès de ces mêmes institutions. En 2015, la croissance du PIB devrait dépasser 3%, soit plus du double de la zone euro dans son ensemble.

La majorité des économistes s’accorde à dire que, depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Rajoy a endossé un rôle moteur dans la reprise économique. Plusieurs réformes structurelles ont ainsi accru le potentiel de croissance économique et amélioré la compétitivité du secteur privé. L’exemple le plus évident est la réforme du marché du travail qui a amené une plus grande flexibilité pour les entreprises et a permis la création de près de 550 000 emplois supplémentaires en 12 mois. Ce choix politique est essentiellement basé sur l’anticipation que, pour la population dans son ensemble, les bénéfices d’une réduction du taux de chômage dépassent ceux du maintien d’une série d’acquis sociaux. Le taux de chômage a frôlé les 27% et a justifié ces mesures qui sont désormais considérées comme cruciales pour la reprise économique. Ce n’est pas le seul exemple puisque d’autres réformes ont aussi été entamées : secteur public, secteur financier, système de taxation, système de pension, indexation des salaires,…

Les réformes structurelles et politiques d’austérité, quoique bénéfiques d’un point de vue économique et à long terme, sont souvent impopulaires. Elles constituent donc des décisions difficiles à prendre pour un dirigeant politique visant une réélection à court terme. Le niveau des salaires ainsi que certains avantages acquis au fil du temps sont souvent en jeu et les remettre en jeu a tendance à irriter l’électeur. Comme Jean-Claude Junckers l’a déclaré au début de la crise financière en 2007, alors qu’il était ministre des finance au Luxembourg : « Nous savons tous ce qu’il faut faire, nous ne savons juste pas comment nous seront réélus après l’avoir fait ».

La Belgique relativement réticente aux réformes structurelles

En 2015, les élections qui se sont déroulées au Portugal et les sondages pré-électoraux en Espagne ne semblent pas tout à fait soutenir cette hypothèse. Au Portugal, le premier ministre sortant est arrivé en tête des élections législatives en octobre et il a fallu une coalition de gauche étendue pour le renverser. En Espagne, le parti au pouvoir se maintient en tête des sondages. Depuis le début de l’année, celui-ci a même essuyé une remontée qui coïncide avec la baisse du taux de chômage et la recrudescence du taux de croissance. Lors du dernier débat télévisé, M. Rajoy, le premier ministre sortant, a davantage été attaqué sur son manque de transparence et sa personnalité que sur ses résultats économiques. En définitive, les réformes structurelles et politiques d’austérité imposées dans la péninsule ibérique n’ont pas eu l’effet négatif escompté sur l’opinion public. Il est en effet difficile d’isoler un certain matraquage électoral en lien avec ces mesures politiques.

En comparaison à l’Espagne, la Belgique s’est montrée relativement réticente à s’engager dans la voie des réformes structurelles. Cette semaine, le FMI a d’ailleurs pointé du doigt ce manque de dynamisme, notamment, dans le cadre du marché du travail. Par exemple, la Belgique fait partie des pays caractérisés par un faible taux d’emploi des jeunes et des travailleurs plus âgés. Ces problèmes de nature structurelle appellent des réformes économiques de long terme et un certain « courage politique ». Peut-être, la sanction somme toute limitée des électeurs suite aux réformes économiques des gouvernements espagnols et portugais poussera certains dirigeants politiques dans la voie d’une réforme plus profonde de la structure même de l’économie belge. Etant donné que les élections fédérales ne sont pas à l’ordre du jour, il est peut-être temps d’agir rapidement afin de récolter les fruits en temps opportuns.