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L’affaire est ultra-sérieuse : l’Allemagne s’apprête à réexaminer un procès de sorcellerie - vieux de quatre siècles. A vrai dire, la prétendue sorcière jadis brûlée vive sur le bûcher - Katharina Henot - jouit à présent de la protection de nombreux dévots parmi lesquels Hartmut Hegeler, un pasteur évangélique et professeur de religion originaire de la ville de Cologne.

Victime célèbre de la chasse aux sorcières des XVIe et XVIIe siècles, Katharina Henot était aussi la première femme "receveur de poste" allemande. A la tête du bureau de service postal de la ville, la jeune femme aurait vraisemblablement été la victime d’un jeu politique - mortel - orchestré d’une main de maître par ses principaux rivaux et détracteurs.

"J’enseignais les procès de sorcellerie aux élèves de ma classe lorsque mes étudiants m’ont demandé si le jugement contre Henrot n’avait jamais été annulé. Et la réponse était non, évidemment", explique Hartmut Hegeler. "Katharina était une personnalité très influente à Cologne à l’époque. Elle était même entrée en conflit avec la cour impériale allemande - avec le comte von Leonhard II Taxis précisément - qui voulait créer un bureau de poste central. Par ailleurs, elle avait une haute opinion d’elle-même : elle aurait apprécié que la vérité soit rétablie."

A présent, le Conseil de la ville de Cologne, dont les prédécesseurs avaient condamné la jeune femme à une mort violente, réexamine les preuves. Arrêtée, torturée et traînée derrière un chariot en guise de trophée avant d’être cordée à un poteau et brûlée vive, Katharina Henot est morte le 17 mai 1627.

Elle ne fut pas un cas isolé. Bien avant sa naissance - vers 1326 - le pape Jean XXII rédige la bulle Super Illius Specula, qui définit la sorcellerie comme une hérésie. Suite à la publication de cet ouvrage débute un mouvement d’arrestations systématiques dans toute l’Europe. Principalement en Allemagne, en Suisse et en France, mais également en Espagne et en Italie.

Entre 1500 et 1782, 25 000 Allemands - principalement des femmes mais également des enfants - ont ainsi été exécutés pour "sorcellerie et magie noire". En réalité, beaucoup d’entre eux furent les victimes de vengeances personnelles. D’autres furent désignés responsables de catastrophes naturelles ou étaient tout simplement marginaux.

Parmi les cas les plus infâmes, l’Allemagne retient souvent l’expédition sanglante d’Oberkirchen en 1630 où, durant trois mois, 56 personnes furent torturées et exécutées dans des conditions innommables, dont deux enfants âgés d’à peine une dizaine d’années.

A présent, dans de nombreuses villes et de nombreux villages allemands, se multiplient les demandes de réhabilitation et "les tentatives d’apporter une forme tardive de justice".