Rejet des religions par les Européens?

Paul Lowenthal Publié le - Mis à jour le

Opinions

Dans une résolution du 2 octobre, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU "condamne toute apologie de la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, l’hostilité ou la violence, et enjoint les Etats à adopter, conformément à leurs obligations résultant des normes internationales relatives aux droits de l’homme, des mesures efficaces en vue d’affronter et combattre ces incidents."

Cela va de soi, direz-vous ? Eh bien non, apparemment : des gouvernements européens et latino-américains ont protesté contre ce texte qui, selon eux,"flirte avec le concept controversé de "diffamation des religions"". L’ambassadeur français Jean-Baptiste Mattéi, a été jusqu’à oser dire que "pour les Européens, le droit international ne protège pas et ne doit pas protéger des religions ou d’autres systèmes de croyance". Pour les Européens, vraiment ? Quand et où se sont-ils donc prononcés ?

La neutralité de l’Etat laïque doit être conciliée avec la liberté de conscience et donc de religion. Cela résulte des droits de l’homme, et croyants et incroyants sont d’accord là-dessus. Les athées militants, qui constituent chez nous la laïcité philosophique, conçoivent cette neutralité de l’Etat de manière restrictive. Ils veulent exclure les religions, leur influence et leur expression, de l’espace politique. Aller jusqu’à refuser une protection des religions par l’Etat serait donc justifié par le fait que seules les personnes ont des droits, les idées devant rester ouvertes à la critique.

Cela, j’en suis d’accord et je voudrais même davantage de liberté en ce sens au sein de mon Eglise ! Mais comment peut-on respecter les personnes sans respecter de quelque façon leurs convictions intimes ? Mes convictions ne doivent peut-être pas être respectées comme telles (cela se discute), mais comment pourrais-je me sentir respecté si je ne le suis pas dans ma foi ? Certains de mes interlocuteurs laïques, même radicaux, acceptent cela, mais peinent à accepter le corollaire qui est que le droit ne peut réaliser cela sans protéger en quelque manière les religions elles-mêmes (ainsi que l’humanisme athée, bien sûr).

Cela ne me conduit pas à demander que la loi interdise la "diffamation des religions". Mais ce n’est pas pour les mêmes raisons que les militants laïques : je ne suis pas d’accord d’exclure les Eglises du droit public, parce qu’elles valent bien les mouvements sociaux et les organisations de la société civile, qui ont des droits et qu’on associe à des délibérations politiques. Ma raison de rejeter l’idée de lois anti-blasphèmes est que le remède serait pire que le mal : les croyants ne veulent pas d’un silence contraint qui serait imposé à des gens qui n’en pensent pas moins.

Ce que les croyants et leurs Eglises demandent est le respect. Cela vaut pour chaque fidèle, mais cela ne peut y parvenir sans qu’on étende ce respect aux institutions, Eglises ou communautés, dans lesquelles ils se reconnaissent et qu’il sied donc de "protéger" - non sans conditions. Les croyants attendent d’un Etat de droit démocratique qu’il protège les Eglises qui en respectent les règles de base : dignité humaine, droits de l’homme, primauté de l’Etat comme garant de l’intérêt général - et, pour elles-mêmes, renonciation à lui imposer ses vues.

C’est plus difficile à cerner et à codifier qu’un rejet ou qu’un confinement des religions à leur sphère privée. Il faut donc en discuter - ce que l’ambassadeur de France, oubliant ce que nous nous voulons en démocratie, n’a pas attendu pour s’exprimer au nom d’Européens qu’on n’avait même pas consultés.

Paul Lowenthal

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