Opinions

C’était, très exactement en mai 2009. "Vous avez peut-être raison, mais je n’ai pas envie de le savoir", me disait alors une dame âgée, bruxelloise francophone, lorsque, présentant mon livre dans une librairie du centre de la ville, je disais que l’indépendance de la Flandre me paraissait inéluctable. C’est si triste un pays qui va mourir que l’on aimerait retarder encore un peu l’échéance, se dire que la messe n’est pas encore dite, tenter une opération de la dernière chance. Encore une minute, Monsieur le bourreau !

Malheureusement, les derniers évènements semblent me donner raison et les discussions actuelles ne sont plus celles d’un couple cherchant, une fois encore, à se rabibocher mais posent les prémisses d’un divorce annoncé. Et tout indique que les élections, avec la surenchère qu’elles vont provoquer dans les deux camps, ne feront que mettre de l’huile sur le feu.

Alors j’ai envie de dire, sans emphase mais avec une vraie sympathie, à mes amis francophones belges : pleurez un bon coup votre pays perdu, soyez fiers des grandes et belles choses que la Belgique a accomplies et regardez maintenant devant vous. Face à une communauté flamande unie sur l’essentiel, et qui a toujours un coup d’avance sur vous, il s’agit de jeter, déjà, les bases de votre Belgique de demain. Et d’abord de présenter un front commun entre Wallons et Bruxellois.

Concernant la capitale, je pense que les Flamands sont de plus en plus nombreux à en avoir fait leur deuil. Pour le moment, ils ne le disent pas encore ouvertement sur la place publique mais le confient, presque sous le sceau du secret. Que disent-ils ? Avant tout que cette ville, de moins en moins sûre, abritant de plus en plus d’immigrés, de plus en plus ingérable, ne mérite plus qu’on se batte pour elle !

Aux Bruxellois de renoncer aussi à cette chimère consistant à faire de leur ville un "eurodistrict", à l’instar de Washington DC aux Etats-Unis. Autre rêve à remiser au magasin des accessoires : celui d’un rattachement de la Wallonie, et plus encore, de Bruxelles, à la France.

Dans un paysage politique souvent un peu terne, j’aime l’enthousiasme, la foi brouillonne, de cet éternel jeune homme qui s’appelle Paul-Henri Gendebien, mais je lui dirai une fois de plus que cette union n’est ni possible ni souhaitable. N’en déplaise maintenant à Eric Zemmour - voilà en effet que les Belges, comme s’ils n’avaient pas assez d’ennuis en ce moment, doivent lire les leçons du sulfureux chroniqueur français !- la Belgique n’est pas la "réunification" française. Pour qui connaît un peu votre pays, on le voit si mal accepter le jacobinisme français. Bien sûr, les Liégeois fêtent davantage le 14 que le 21 juillet mais eux, si fiers de leur esprit principautaire, accepteront-ils de gaieté de cœur les oukases d’un préfet venu des Alpes Maritimes ? Et les téléspectateurs namurois seraient-ils heureux d’apprendre sur FR3 Wallonie que le président de leur chaîne a été directement nommé par Nicolas Sarkozy ?

Bien sûr qu’entre "francophones belges" et "Français de France", nous avons énormément de choses en commun. Celles-là, continuons à les faire vivre. Mais cultivons aussi nos différences. Elles sont le sel de notre terre. Une fois ces rêves évaporés, Wallons et Bruxellois doivent maintenant annoncer urbi et orbi qu’ils sont prêts à assumer ensemble, et bien entendu avec l’aide de la France et de nombreux pays européens, la gestion de cette "Belgique résiduelle", non pas comme un syndic de faillite, qui récupère les restes, mais comme les pionniers d’une nouvelle aventure. Alors, une fois encore, la Belgique aura mérité un grand coup de chapeau.