Requiem pour le "multicul"

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Opinions Marc DE VOS

L’approche multiculturelle et la coexistence des populations aux origines culturelles différentes ont échoué, complètement échoué." Voilà le constat d’Angela Merkel, chancelière d’une Allemagne où vivent 16 millions d’immigrés, dont 4 millions de musulmans. Je chanterais volontiers le requiem pour le "multicul", pour autant qu’il signifie la fin du relativisme qui nie l’identité culturelle, la considère comme négligeable ou l’identifie au racisme. Dans un contexte d’immigration et de diversité, cela crée une forme de laissez-faire qui tolère tout, même l’intolérance. Les populations n’y coexistent pas, mais existent chacune de leur côté. La pratique de l’acceptation et de l’esquive ne promeut pas l’intégration mais mène, bien au contraire, à la ségrégation et provoque en plus une contre-culture hostile : pourquoi reconnaître et embrasser un pays qui pousse le relativisme jusqu’à l’autodestruction ?

Que faire pour assainir l’héritage du multiculturalisme et apporter à la diversité l’unité dont elle a tant besoin? Cela pourrait bien être le défi quasi existentiel d’une Europe dont la population vieillit et se colore en même temps. Soit nous transformons la diversité grandissante en success story qui injecte une bonne dose de dynamisme et de renouvellement. Soit nous nous enlisons dans les processus habituels de préjudice, d’isolement et de confrontation qui - comme une bombe à retardement démographique - finiront par déchirer notre société entière.

Il n’existe aucune formule magique pour garantir la réussite de l’immigration. Même dans les pays d’immigration classiques comme les Etats-Unis, cela demande beaucoup de temps et de grands efforts. Par ailleurs, dans les pays européens, l’immigration n’a jamais fait partie de la formation historique des nations ; elle y est, bien au contraire, considérée comme une menace. De plus, les immigrés ont été laissés à l’abandon pendant des décennies, ce qui a favorisé la polarisation des opinions publiques respectives, phénomène aggravé par la crise économique.

Je distingue trois priorités. Le contrôle de l’afflux doit être renforcé. Le taux d’immigration n’a jamais été aussi élevé, même en Belgique. Nous ne pouvons pas ignorer la réalité de l’immigration, mais nous pouvons et devons faire mieux pour l’organiser. Une stratégie claire d’immigration économique sélective s’impose, ainsi qu’une politique d’asile sévère, mais juste et efficace, de même qu’un cadre rigoureux pour un regroupement familial limité. Cela devra être coordonné, autant que possible, au niveau européen, étant donné qu’il n’existe pratiquement plus de frontières au sein de l’Europe. Cela exige aussi un investissement en matière de maintien et de contrôle, aussi bien aux frontières extérieures qu’à l’intérieur. C’est très dur, car il s’agit d’êtres humains. Mais c’est nécessaire, à la fois pour la société dans son ensemble et pour le sort des immigrés et de leurs familles.

Considérons ensuite les leviers de l’intégration économique. Une mobilisation large s’impose pour combattre la marginalisation répandue de certaines populations issues de l’immigration. Elle devra débuter par les grandes villes et s’attaquer aux questions de logement, d’ordre et de sécurité. Elle devra impliquer activement les parents dans les choix scolaires et éducatifs, assurer un suivi et faire appel à plus de responsabilité parentale. L’enseignement doit être adapté et doit miser sur la connaissance des langues et sur l’intégration. Le marché du travail doit devenir plus dynamique, faciliter l’accès à l’emploi et concevoir une stratégie contre la discrimination. Cela implique également une adaptation de notre sécurité sociale. Il faut reconnaître que l’immigration vers les Etats-providence implique le risque de la culture des allocations. Des conditions et des modalités peuvent l’éviter en créant un lien entre la solidarité, l’activité et la responsabilité personnelle.

Et pour finir, considérons l’identité nationale, qui ne s’adopte pas par quelques cours de langue et d’histoire nationale. Elle exige une redécouverte de la nationalité, qui ne sera plus offerte gratuitement mais qui constituera le couronnement d’une intégration réussie. Ceci touche à l’essence de la citoyenneté européenne moderne et requiert l’identification de ces fondements essentiels mais jusqu’ici imperceptibles: l’Etat de droit, la religion, la société et l’individu. La faillite du multiculturalisme nous confronte à l’introspection et à la recherche d’une réponse explicite à la question si ambigüe : qui sommes-nous?

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