Opinions

L’avant-projet du Décret Paysage récemment mis au vote au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles propose, entre autres choses, d’abaisser le seuil de réussite à une note moyenne de 10 sur 20, et non plus 12 sur 20 comme c’était le cas précédemment.

S’en sont suivies une série de réactions, généralement négatives; les plus politisées parlant de nivellement par le bas. Cette mesure a même mis le monde à l’envers puisqu’une pétition venant d’étudiants s’insurge contre cela et recueille son petit succès.

Que penser de ce décret ? Petite contre-argumentation en faveur de cette mesurette. Premièrement, abaisser le seuil de réussite à 10 sur 20, c’est atteindre une limite. Personne ne proposera un palier supplémentaire, ce serait inimaginable.

Historiquement, nous ne pourrons pas aller plus loin : l’abolition du système des balances avait déjà provoqué quelques remous, avant d’être parfaitement digéré par le monde de l’enseignement. Nos voisins directs sont déjà ancrés dans ce système.

Ensuite, les cotes seront davantage "lisibles" et compréhensibles : on a 10, on réussit; on a moins de dix, on rate. Il n’y aura plus de zone de flous : je n’ai aucun échec, mais je rate quand même car je n’ai pas une moyenne de 12.

Le système était parfois incompris. Il sera désormais beaucoup plus pédagogique. En outre, le cours de maitrise de la langue (dans certaines filières d’enseignement) perd son statut de cours protégé. Jusqu’ici, il s’agissait du seul cours pour lequel la réussite était à 12 et non à 10 sur 20. Désormais, ce cours est mis sur le même pied que les autres.

La cotation en sera donc simplifiée et beaucoup mieux comprise (pourquoi ai-je échoué alors que j’ai 11 sur 20 ?). Dans les faits, cela ne changera en rien le niveau d’exigence en maitrise de la langue : ce seront les curseurs qui changeront.

Autre avantage de cette décision : le cours de maitrise de la langue quitte enfin son statut de cours socialement marqué. Enfin, cette volonté politique de baisser le seuil de réussite de 12 à 10 sur 20 en moyenne est tout à fait cohérent avec la logique des compétences et des acquis d’apprentissage, ainsi qu’avec l’évaluation par profil.

Une réflexion simpliste et superficielle amène à penser que le 10 sur 20 sanctionne la maitrise de la moitié des connaissances et savoir-faire. Or ce n’est absolument pas le cas. Le 10 devrait désormais équivaloir dans la réalité des faits au seuil de réussite minimal édicté par l’enseignant.

Un exemple parmi d’autres : un élève orthographie correctement 50 pour cent des mots d’un texte. Obtiendra-t-il pour autant la moitié des points ? Bien sûr que non. Imaginons que l’enseignant édicte le seuil de réussite à 90 pour cent de graphies correctes, alors l’élève sera mis en échec; il n’obtiendra le 10 sur 20 que lorsqu’il aura 90 pour cent de graphies correctes. Ce raisonnement vaut pour toutes les disciplines et toutes les branches.

Parler de nivellement par le bas comme on l’entend parfois démagogiquement n’a donc aucun sens et résulte sans aucun doute d’une pensée simpliste et d’arguments simplifiants. Certains décèleront dans l’abaissement de la réussite à 10 un croc-en-jambe fait à la qualité de l’enseignement, d’autres y verront plutôt une poussée dans le dos vers davantage de lisibilité et vers la cotation en compétences.


Une opinion de Benoit Wautelet, maître-assistant en langue française HELHa (@WauteletB)