Opinions
Une opinion d'Albert Guigui, Grand Rabbin de Bruxelles.


Dans la tradition juive, ce Nouvel An invite au bilan de ses actes, à réveiller notre conscience et à s’améliorer pour demain. Ne passons pas dans la catégorie des vieillards, être jeune signifie être capable de changer.

Dans la tradition juive, le Nouvel An (célébré cette année ces 21 et 22 septembre) est une fête "austère". Il n’y a ni bals masqués ni cotillons. Ce sont des journées réservées à la prière, à la réflexion, à la méditation. Durant cette période de l’année, l’homme contemple le passé pour éclairer l’avenir. Il fait le bilan de ses actes. Il répond de ses faits et gestes devant Dieu et devant sa conscience. A la synagogue, on sonne le chofar (corne de bélier) pour réveiller les consciences et tâcher d’améliorer les voies à suivre.

De façon générale, l’homme a très souvent tendance à reprendre et à reconduire systématiquement ses propres habitudes, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. A partir de cette observation, l’homme qui a déjà fait une faute va continuer à en faire une autre, puis une autre. Et l’homme qui a un défaut va continuer sans cesse à le cultiver.

C’est un peu comme ces grandes portes tournantes qui se trouvent dans les grands hôtels. Il suffit de les pousser juste un petit peu pour qu’elles tournent d’elles-mêmes et laissent le passage. C’est un mécanisme qui se nourrit de lui-même et il suffit juste d’un petit effort pour continuer à tourner.

Interdit d’être vieux

Roch Hachana, c’est quoi ? Roch Hachana consiste tout simplement à gripper ce mécanisme, à rompre avec ce cycle quasi infernal et ce rythme fermé. Roch Hachana est une sorte de réveil qui nous fait prendre conscience que finalement la vie n’est pas qu’une simple habitude. La vie n’est pas la répétition lancinante et monotone de ce qu’elle a été la veille ou voilà un mois. Nous pouvons à chaque moment nous diriger vers quelque chose de neuf.

Rabbi Nahman de Bratslav écrit dans un de ses ouvrages : "Il est interdit d’être vieux." Comment peut-il faire une telle déclaration ? Nous savons bien que l’âge est là, inexorablement. Qu’on le veuille ou non !

En fait, ce que Rabbi Nahman de Braslav veut nous enseigner, c’est qu’il est interdit de se croire fumeur, menteur ou goinfre invétéré. Tout peut arriver. Un beau matin vous êtes libéré, après des années où vous vous croyiez condamnés au vice à perpétuité.

Il est interdit d’être vieux ! Cela signifie qu’un homme reste jeune tant qu’il est capable de changer. Celui qui est vieux est celui qui a décidé de ne pas changer. Cela n’a rien à voir avec l’âge. On peut déjà passer dans la catégorie des vieillards et pourtant être jeune. On peut fort bien rester jeune, même si l’on est avancé en âge. Quel que soit votre âge, tant que vous respirez, tout est possible.

Il est interdit d’être vieux ! La plupart des gens ratent souvent la première partie de leur vie et passent la seconde partie à se lamenter sur ce fait. Rabbi Nahman de Braslav nous suggère : mieux vaut employer la seconde partie pour réparer la première, car c’est bien pour cela qu’elle nous est accordée.

Il est interdit d’être vieux ! C’est aussi maintenir cette ouverture sur le monde et ne jamais se considérer comme celui qui déjà connaît tout. Celui qui pense qu’il n’a plus besoin d’apprendre est un homme vieux. Ceux qui croient tout savoir, se trompent à coup sûr.

L’une des plus grandes qualités dans la vie, c’est de croire en soi-même; croire en son propre potentiel. Quel être merveilleux chacun d’entre nous peut devenir. Nous apprenons ceci des plantes : elles bravent les intempéries avant même de bourgeonner. Certaines d’entre elles mettent jusqu’à cent ans pour arriver à leur apothéose : que d’hivers et de canicules, que d’insectes et d’épidémies, de faucheurs et de vandales, mais la plante persévère, imperturbable et obstinée, elle pousse.

© Olivier Poppe

Chansons et joie

Le pessimisme et le défaitisme ne sont que des vues de l’esprit humain que les plantes ne subissent jamais. Le pessimisme et le défaitisme doivent être bannis de notre vie. Le meilleur moyen de se donner des forces, nous enseignent les rabbins du Talmud, c’est de chanter.

Notre âme a besoin de chant comme nos membres de gymnastique et notre corps de vitamine. La tristesse, la pesanteur, l’accablement sont des microbes qui menacent constamment notre esprit.

En ce monde triste et stressant, chacun d’entre nous doit se stimuler et se donner de la joie et du courage. C’est une grande Mitswa d’être toujours joyeux; une Mitswah est pour un juif avant tout un devoir. La joie est obligatoire.

Le sentiment de joie encourage à se dépasser, à agir plus lestement et plus efficacement. La mémoire est plus performante, la forme physique bien meilleure, et la performance professionnelle accrue. Bref, tout vous réussit. On ne se réalise pas tout à fait sans une dose de gaieté. Même couvert de médailles, un sportif a besoin des acclamations du public pour se surpasser toujours davantage et offrir un plus beau spectacle.

C’est pareil dans la vie. Il faut de l’enthousiasme pour vivre avec brio. Les gens gais sont dynamiques et ambitieux et ils n’ont jamais assez de temps pour réaliser tous leurs projets.

Alors que ce soit en voyageant, en étudiant, en travaillant ou en se reposant, il est indispensable de rechercher cet état de joie si fertile en force et en confiance en soi.

Soyons contents dans notre vie. Quelles que soient les difficultés du moment, nous ne devrons jamais oublier combien la seule chose qui compte est de chercher dans la joie, la lumière qui nous guidera.

Ne laissons pas entrer en nous le moindre soupçon d’abattement, de lassitude et de tristesse. La tristesse salit la vie. Ne lui faisons pas de cadeau, ni de compromis. Au contraire, prenons-la de force et transformons-la en joie. C’est certainement là un des messages les plus importants de cette fête riche en symboles.

Changer aujourd’hui

Roch Hachana et Yom Kippour constituent des opportunités à ne pas manquer. Dieu est proche de nous. Il est en quête du repentant. Dieu est souvent comparé à un roi qui descend dans son royaume et qui se tourne vers ses sujets, non seulement pour leur tendre la main, mais aussi pour exaucer leur demande.

Alors si c’est ainsi, profitons de cette opportunité. Ne la ratons pas.

Ce changement imposé par la fête de Roch Hachana doit se faire aujourd’hui, ce nouvel-an et non le prochain, car Roch Hachana prochain ne nous appartient pas. Hayom (aujourd’hui) sera notre mot d’ordre, notre formule de combat. Nous ne devons rien regarder au monde que le monde présent. L’heure que nous vivons maintenant est la seule qui compte. Si nous laissons le passé nous écraser et le futur réaliser nos espérances, que reste-t-il de notre présent ?

Puisse Dieu nous aider à réaliser tous nos projets. Puisse-t-Il nous aider à ne jamais être vieux. Bonne et heureuse année à tous et à toutes.