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CLAIRE VANDEVIVERE, Présidente de la Commission de la petite enfance à Jette. Mère de deux jeunes enfants

Récemment, un quotidien publiait un article sur le livre du pédopsychiatre Marcel Rufo qui nous explique comment on devient fille ou garçon. Il précise que le jeu permet à l'enfant de prendre conscience de son identité sexuelle et qu'il est bon de rappeler au petit garçon qui désire une poupée qu'il est un garçon. S'il persiste, mieux vaut lui offrir un Ken ou un jouet pour les deux sexes.

En cette période de fin d'année et d'achats de cadeaux pour les enfants, il est essentiel de s'interroger par rapport à ce genre de propos. A n'y prendre garde, ils peuvent amener les parents à enfermer leurs enfants dès le plus jeune âge dans des rôles stéréotypés. C'était d'ailleurs l'objet de l'article paru dans le «Ligueur» du 12 novembre, «Les jouets ont-ils un sexe?» Il déplore que le monde des jouets, notamment via les catalogues publicitaires, marche à reculons et retourne il y a cinquante ans.

Ouvrez un catalogue de jouets et constatez. Aux filles, on réserve les poupées, les ustensiles ménagers et les perles sur fond rose; aux garçons, les voitures, les mécanos et les outils sur fond bleu. Lisez également des livres éducatifs pour enfants sur la vie au quotidien. La maman fait la lessive ou prépare à manger avec sa fille, le papa répare le robinet ou fore un cadre avec le garçon. Maman va chercher les enfants à l'école, Papa rentre plus tard du travail. Les garçons font du judo, les filles de la danse. Mamy cueille des fleurs avec sa petite fille et Papy construit une cabane avec son petit-fils...

Faites également attention aux publicités qui véhiculent des stéréotypes à l'envie. Il n'y a pas que les poudres à lessiver. Les patrons, par exemple, sont toujours des hommes et leurs secrétaires des femmes, rarement futées au demeurant.

Comment s'étonner que, dans une société qui continue à véhiculer de tels stéréotypes, les femmes restent minoritaires dans certains métiers comme ingénieur, ou que les enquêtes montrent que ce sont encore les femmes qui assument la majorité des tâches ménagères? Les hommes pouponnent plus qu'auparavant mais ce sont toujours les femmes qui s'occupent de la gestion globale du ménage. Alors que la femme travaille aussi, de nos jours.

Les hommes n'en sortent pas nécessairement gagnant non plus. Dès leur plus jeune âge, on leur dit de ne pas pleurer comme une fille, on s'inquiète si on les surprend en train de jouer avec des jeux soi-disant de filles. Pourquoi le garçon ne peut-il pas jouer au papa, à la dînette, faire des câlins, exprimer sa douceur et ses sentiments? On n'en fera pas des filles pour autant mais des garçons sans doute beaucoup plus équilibrés. De même pour les filles, pourquoi ne peut-on pas leur offrir un jeu de construction, une boîte à outils ou une voiture téléguidée? Chaque type de jouet véhicule un apprentissage et développe des aptitudes spécifiques. Garçons et filles ont tout avantage à élargir au maximum leur horizon pour s'épanouir dans leur vie et peut-être mieux se comprendre et mieux vivre ensemble.

Les politiques de campagne de sensibilisation pour que les femmes bricolent, que les hommes pouponnent ou que les femmes entament des études d'ingénieur ne seront toujours que des emplâtres sur des jambes de bois tant que cette culture imprégnée de stéréotypes continuera à conditionner garçons et filles dès le plus jeune âge.

Une mise en oeuvre de label de jouets, de livres ou de publicités luttant contre ces stéréotypes pourrait être une approche constructive pour faire changer le cours des choses dans l'intérêt des hommes et des femmes.

© La Libre Belgique 2003