Opinions
Une chronique d'Eric de Beukelaer. 


Ce 14 février, c’est la fête des amoureux mais aussi le mercredi des Cendres, jour de jeûne qui marque le début des 40 jours de carême.

Le calendrier est parfois farceur. Ce mercredi 14 février, la majorité de nos concitoyens fêteront la Saint-Valentin et leur Valentin(e). Seuls quelques cathos "old school" se souviendront qu’il s’agit cette année, en outre, du "mercredi des Cendres", soit le jour de jeûne et d’austérité qui marque l’entrée des 40 jours de carême - en préparation à la fête de Pâques.

Rien à voir ? Pas si sûr. Je me souviens de ce sympathique couple qui déclara au jour de son mariage, vouloir se marier "pour le meilleur et le meilleur". Formule poétique. Et tellement trompeuse. Se sentir amoureux dans la fleur de l’âge, habillé en tenue de soirée et une flûte de champagne en main, pendant qu’une gondole vous fait flotter sur la lagune de Venise en compagnie d’une créature de rêve… voilà qui ne requiert pas un effort surhumain. Par contre, rester amoureux, alors que - grisonnant - vous rentrez tard du boulot, l’haleine chargée et des auréoles de nervosité sous les aisselles, pour être accueilli par un conjoint qui a pris du poids et qui déprime à cause de vos adolescents en révolte, cela est un tout autre défi.

Il en va d’ailleurs de même dans la vie consacrée des religieuses, religieux, ou celle des ecclésiastiques. Facile - quand tout le monde vous trouve un prêtre ou une religieuse "ab-so-lu-ment formidââââble". Ardu quand il s’agit d’essuyer, à longueur d’années, les critiques de ses collaborateurs, les querelles de clocher et l’indifférence des foules… L’amour - le vrai - embrasse le meilleur, mais ne fuit pas le pire. C’est ici que saint Valentin, patron des amoureux, se révèle un authentique compagnon de carême.

Quand le meilleur devient le pire, l’amour ne survit que moyennant un travail sur l’ego. Celui ou celle resté intérieurement un enfant roi, ne supportant ni l’attente ni les frustrations, ne pourra aimer dans la durée. Il s’agit de s’éduquer en permanence à la résilience intérieure. Le jeûne, le partage et la prière - les trois chemins que le carême invite à creuser - sont là pour nous aider à vaincre notre narcissisme. "Jeûner" apprend la sobriété, afin que notre désir apprivoise le manque, la patience et le renoncement. Aimer l’autre dans la durée est une forme de jeûne, car cela implique de sans cesse faire le deuil de nos illusions projetées sur le conjoint, pour découvrir son vrai mystère. "Partager" enseigne de penser aux besoins de l’autre. Se priver à certains moments pour le bien de son prochain est un chemin de croissance en humanité. Les parents en font l’expérience, ainsi que tous ces couples rompus à l’art du compromis. "Prier" structure nos aspirations vers une Présence durable, qui s’accueille dans le silence et l’adoration. Pouvoir s’arrêter pour souffler et se recentrer sur l’essentiel est une hygiène de vie capitale pour la santé mentale et spirituelle. Cela aussi, les couples le savent. L’amour se bâtit avec des mots, autant que par du silence complice. Et en investissant dans la perte de temps, gratuitement consacré à l’être aimé. Heureux donc les amoureux qui découvrent le chemin de la prière à deux ou en famille. Dans un monde qui décrète que "time is money", donner du temps à la Source de tout amour, est un investissement durable. Le Dieu de l’amour ne s’impose jamais entre les amoureux, mais - à ceux qui le Lui demandent - Il envoie son Souffle pour rajeunir l’élan fatigué des cœurs et ressusciter les alliances moribondes.

A tous les couples qui me lisent - débutants ou aguerris, solides ou fragiles, vivant le meilleur ou confrontés au pire -, je souhaite une belle fête des amoureux. Ces vœux n’excluent pas, non plus, les couples séparés. Parfois, en effet, advient - mystère du cœur humain - le naufrage de l’amour. Et ce, malgré les efforts et la prière. Belle Saint-Valentin donc à chacune et à chacun. Et fructueux temps de carême.