Opinions

Une opinion envoyée à LaLibre.be par Sarah Turine, échevine à Molenbeek et ancienne co-présidente d'Ecolo.

Les propos de Stéphane Pauwels lors de la mi-temps du match Belgique-Pays de Galles m’ont fait bondir. En parlant de Stromae, le présentateur de RTL déclare "C’est un garçon de couleur super intégré". Les réseaux sociaux s’enflamment. Sa réaction est plus qu’inquiétante. Il réagit en se défendant et ne comprend pas qu’on le mette sur l’échafaud car il combat le racisme depuis toujours. Et c’est cela qui m’interpelle le plus. Parler d'intégration à propos de quelqu'un qui est né en Belgique et qui a grandi en Belgique tout ça parce qu'il est de couleur, c'est un dérapage, oui ! Parce que cela perpétue le préjugé que si on est basané forcément il n'est pas naturel qu'on se sente belge à part entière et que forcément on a besoin de faire un effort pour s'intégrer... Oui, c’est un dérapage ! Le plus inquiétant dans la réaction de Stéphane Pauwels c’est qu’il ne semble pas se rendre compte de la gravité de ses propos.

Combattre le racisme est une belle et noble cause. Je me réjouis que des personnalités comme Stéphane Pauwels y contribuent. Lorsque nous sommes des personnages publics, il est de notre responsabilité, de prôner la tolérance, d’appeler au vivre ensemble. En cela, la réaction de la chaîne de télévision par rapport à son Monsieur Météo a été exemplaire. Ici, on n’en est pas là. On ne peut pas accuser Monsieur Pauwels de propos volontairement racistes ou de propos prônant l’intolérance.

Mais ses propos sont maladroits et empreints de sous-entendus qui montrent que les clichés ont la peau dure.

Monsieur Pauwels n’a peut-être pas conscience que chaque mot compte dans ce qu’il transmet directement et dans ce qu’il sous-entend. En tant que personnages publics, nous avons la responsabilité d’être attentifs à cela.

Le mot "intégration" est utilisé régulièrement par de nombreux responsables politiques. Souvent à mauvais escient. Que ce soit pour toucher le cœur des gens, raviver la peur de l’autre ou accuser les "étrangers" de tous les maux du plat pays qui est le nôtre.

La nationalité n’a pas de couleur de peau

Dans bien des cas, les problèmes ne sont pas liés à l’intégration des personnes visées car elles sont nées en Belgique, ont grandi en Belgique, mais on invoque l’intégration parce qu’elles sont de couleur, qu’elles pratiquent une religion différente ou qu’elles portent un nom "exotique", ne correspondent pas au profil "bleu-blanc-belge". C’est profondément honteux et irresponsable car cela nourrit l’intolérance et la discrimination. Mais surtout, cela déresponsabilise également les politiques par rapport au dysfonctionnement non pas de nos politiques "d’intégration des primo arrivants" mais nos politiques d’inclusion et de lutte contre l’exclusion sociale et contre les discriminations à l’école, à l’emploi, dans le logement…

Monsieur Pauwels est tombé dans le panneau en reprenant ce terme.

Si on veut combattre le racisme, on doit assumer et le dire haut et fort que la Belgique est déjà multicolore, déjà multiconfessionnelle, déjà multiculturelle. Etre basané ne veut pas dire être africain, être musulman, ne veut pas dire être étranger. La nationalité, la citoyenneté n’a pas de couleur de peau ni d’étiquette confessionnelle. Il y a des belges noirs, jaunes, blancs, rouges. Il y a des belges athées, musulmans, bouddhistes, catholiques, protestants.

Parler d’intégration c’est remettre en cause cet état de fait que oui, la culture belge aujourd’hui est composées de diverses origines et diverses confessions.

Les maladresses comme celles de Stéphane Pauwels sont malheureusement très régulières à d’autres niveaux également, des politiques d’abord mais aussi des enseignants, des journalistes, des policiers, des fonctionnaires… toutes des professions qui rendent un service qui doit être équitable vis-à-vis de tous les habitants du royaume, peu importe leur couleur, leur origine, leur confession, leur orientation sexuelle. Leurs maladresses, même involontaires, même inconscientes peuvent blesser, marquer à vie ceux de nos concitoyens qui en ont été la cible. Les jeunes à qui on renvoie sans cesse, dans leur parcours scolaire, lors de multiples contrôles d’identités, qu’ils sont d’ailleurs, qu’ils n’ont pas le pedigree "ordinaire" peuvent se sentir légitimement exclus, en décrochage.

Pour y remédier, il faut être sans pitié et extrêmement vigilants sur le poids des mots. Une piste parmi d’autres : intégrer dans les formations de ces métiers des cours au dialogue interculturel.

Une opinion envoyée à LaLibre.be par Sarah Turine, échevine à Molenbeek et ancienne co-présidente d'Ecolo.


Stéphane Pauwels riposte sur Twitter: