Opinions

Une opinion de Dominic Hofbauer, chargé d'éducation, Gaia.


La contre-communication des filières de productions animales et leur lobbying politique constant nient la réalité.


Lancée le 1er mars dernier, l’opération 40 jours sans viande a provoqué une contre-communication indignée de la part des filières de productions animales. Si les syndicats agricoles et leurs ministres de tutelle poussent quelques éleveurs de bovins en plein air devant les caméras pour illustrer l’importance accordée par la profession au bien-être des animaux et au respect de l’environnement, leur stratégie s’effondre devant la simple réalité chiffrée.

Vedettes de la communication gouvernementale, les bovins chouchoutés des prairies ardennaises ne représentent ainsi que 0,44 % des 42 millions d’animaux abattus chaque année dans les abattoirs wallons, tandis que les poulets et les cochons comptent pour 99,5 % des abattages et composent l’essentiel de la viande consommée en Wallonie (1).

En Belgique, l’élevage de ces animaux est majoritairement hors-sol et intensif : environ 80 % des poulets grandissent à un rythme accéléré dans des bâtiments industriels et plus 90 % des cochons sont détenus entassés sur un sol bétonné.

Charge inversée de l’accusation

Aussi, en plus de leur lobbying politique constant, de leur omniprésence dans la publicité, des émissions de cuisine et jusqu’aux bancs des écoles, que faut-il penser quand les promoteurs permanents de l’alimentation carnée inversent la charge de l’accusation, et qualifient de liberticide et totalitaire une simple initiative volontaire de manger autrement quelques semaines dans l’année ?

Lorsque, en amalgamant les éleveurs et toutes les autres professions agricoles, l’initiative www.jesuisagriculteur.be tente d’entraîner l’ensemble du monde agricole (dont les productions végétales) dans un discours global de victimisation ? Lorsqu’un amateur de viande se trouve réduit à invoquer Montesquieu pour défendre dans une tribune sa liberté de manger des animaux ?

Car à mesure que le public découvre les réalités sordides de l’industrie des élevages et des abattoirs, la légitimité de mettre à mort des animaux pour produire une nourriture dont personne n’a réellement besoin fait l’objet d’un questionnement croissant. Assurément, sur la question de la viande, l’unanimité se délite, le monopole des promoteurs de l’animation carnée s’ouvre à des opinions plurielles, et des approches diverses peuvent s’exprimer. Il faut le prendre comme le signe d’une démocratie en bonne santé.

Notons enfin que l’œuvre de Montesquieu est vaste, et qu’on ne saurait mieux choisir ses références : "Je mettrais bien en question si les hommes ont gagné à la coutume de manger de la chair des animaux. Je suis persuadé que la santé des hommes en a diminué. La viande a eu besoin d’être apprêtée; il a fallu augmenter la salure et les ragoûts, d’ailleurs il faut que les pâturages s’emploient à nourrir des animaux qui doivent ensuite nourrir l’homme. Or, si l’homme se nourrissait du fruit de la terre, de la première main, le même pays nourrirait beaucoup plus d’hommes" ("Mes Pensées").

Pas question de renoncer au plaisir

Les 40 jours sans viande sont proposés jusqu’au 15 avril. Parce que se nourrir sans viande n’est pas renoncer au plaisir, parce que le talent de nos agriculteurs et de nos restaurateurs est multiple, parce que les produits de nos maraîchers, céréaliers, vignerons ou brasseurs composent une cuisine savoureuse au fil des saisons : je participe !


Titre et introduction sont de la rédaction. Titre original : "Jours sans viande : je participe pour aider les agriculteurs wallons !"
(1) Statistiques du SPF Economie pour 2015 : http://economie.fgov.be/fr/statistiques/chiffres/economie/agriculture/transformation/animaux/