Opinions

MEMBRE D'ASSOCIATIONS D'INFORMATION ET D'AIDE RELATIVES AUX SECTES

Qu'est-ce qu'une secte? La question, maintes fois posée, n'a jamais reçu de réponse satisfaisante. Connaissant le milieu sectaire pour y avoir vécu longtemps, je propose une définition qui résume mon expérience: `Une secte est un groupe qui se démarque de la société, crée un univers qui paraît sécurisant, conditionne et asservit ses adeptes en les soumettant à des croyances établies par un ou plusieurs individus, prétend être l'unique détenteur de la vérité, promet une vie meilleure dans l'immédiat ou dans un avenir proche.´ Il est paradoxal de constater qu'en prenant ses distances avec le milieu qui l'entoure, et la plupart du temps en le condamnant, la secte veut obtenir tous les avantages qu'offre la société. Elle exige que ses actions, ses démarches de prosélytisme ne soient pas entravées, veut que les lois favorisent ses intérêts, par exemple en recevant le statut de religion, bénéficiant ainsi de privilèges, comme la respectabilité et, bien entendu, l'exonération fiscale. Ce qui est tout aussi surprenant, c'est que les groupes sectaires, alors qu'ils annihilent la liberté de leurs membres en interdisant de penser d'une façon autre que celle qui leur est dictée, invoquent à cor et à cri le droit à la liberté religieuse.

On l'aura compris, les sectes ont uniquement à l'esprit leur propre liberté. Se proclamant réceptacle de la vérité (qu'elles écrivent souvent avec un grand V), elles n'envisagent pas la liberté des autres groupes, ni même celle de leurs adeptes qui sont menacés d'exclusion au moindre faux pas.

De nombreux `experts´ affirment qu'il faut dissocier les comportements et les croyances. Il ne faut surtout pas toucher à ces dernières, disent-ils, car l'article 10 de la charte des Droits de l'Homme en garantit le libre exercice. N'oublions pas de citer tout l'article: `Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi.´ Ce sont cependant les croyances qui dictent le comportement de ceux qui adhèrent à une secte. Par croyance, j'entends tout ce qu'un adepte doit accepter, que ce soit l'illumination d'un `maître´, le message d'un extraterrestre ou les astuces d'un champion du marketing.

Manifestation qui trouble l'ordre public établi? Faut-il pour cela descendre nécessairement dans la rue? Que penser de tel mouvement exigeant la présence d'un `formateur´ qui viole mentalement l'adepte en sondant les moindres recoins de sa vie privée, de tel autre qui impose à ses membres le refus de la transfusion sanguine et l'abstention aux devoirs politiques du citoyen? Que penser d'un mouvement prônant le clonage humain et l'initiation sexuelle des jeunes enfants, ou de celui qui met l'accent sur la prise de contrôle de l'individu et lui soutire d'énormes sommes d'argent? Tous ces actes sont engendrés par les croyances.

Dissocier les comportements des croyances est irréaliste. C'est comme si un médecin s'occupait des symptômes d'une maladie sans en chercher la cause. C'est là toute l'ambiguïté de la situation. On laisse les sectes agir à leur guise et on dit: `Tant qu'elles se tiennent tranquilles, laissons-les en paix.´ Un vrai cercle vicieux: au nom de la liberté religieuse, elles prolifèrent et recrutent des gens qu'elles privent de liberté!

Un potentiel de dangerosité est présent dans chaque secte. Heureusement, certains en sont conscients et s'organisent pour informer le public. N'empêche qu'un courant révisionniste minimise le danger. On peut se demander si les apologistes des sectes n'ont pas un certain intérêt à les voir s'épanouir. Autour des groupes qui ont pignon sur rue, gravite une nébuleuse de sectes moins connues, mais aussi nocives que leurs grandes soeurs. Elles sont d'inspiration orientale, ésotériques ou thérapeutiques.

Ma conclusion: la liberté religieuse, oui, pour autant que des croyances malsaines ne menacent pas l'individu, la famille et la société.

Connaissez-vous une secte qui remplit ces conditions?

© La Libre Belgique 2002