Opinions
Une opinion d'Albert Guigui, grand Rabbin de Bruxelles.

Une récente résolution de l’Unesco vise à effacer toute légitimité historique, géographique et géopolitique de l’Etat juif. Opposons-nous à cette falsification de l’histoire. Il existe des procédures d’annulation de résolution onusienne.

Si je t’oublie, jamais, Jérusalem,

Que ma droite me refuse son service,

Que ma langue s’attache à mon palais,

Si je ne me souviens toujours de toi,

Si je ne place Jérusalem

Au sommet de toutes mes joies.

(Ps. 137, 4-6)

Le 15 avril 2016, à l’occasion de la 199e session du Conseil exécutif de l’Unesco, 56 des 58 Etats membres ont participé au vote du point 19 sur "la Palestine occupée"; 33 Etats ont voté pour, soit 59 % des présents, assurant une majorité confortable au texte (1).

Ce vote nie et efface les caractères ethnique, religieux, historique et géographique du peuple juif et de la confession juive sur la cité de Jérusalem. Ce texte a été proposé à l’initiative de 7 Etats arabes, membres de la Ligue arabe. Il suit et poursuit une politique visant à effacer toute légitimité historique, géographique et géopolitique de l’Etat juif.

Dans l’ensemble de cette résolution, la commission de l’Unesco fait référence au "Kotel" (Mur de lamentations) sous le nom de "Al-Buraq Plaza". Le nom "Al-Buraq" fait référence au cheval ailé ayant emporté lors d’un voyage nocturne le prophète Mohammed, de la Mecque à Jérusalem, puis au paradis. Jérusalem ne figure pas une seule fois dans le Coran alors que Jérusalem apparaît dans le texte biblique pas moins de 660 fois.

En acceptant de nommer l’endroit en rapport avec le prophète Mohammed, l’Unesco accepte donc la primauté de la tradition et de la religion islamique sur toute autre foi ou connaissance historique. Pourtant, aucun historien ne conteste que le Mur a été bâti par Hérode 800 ans avant l’Islam.

Dans le cadre de cette résolution, la continuité juive même, et la permanence du judaïsme et, dans une certaine mesure, du christianisme, sont également menacées. Dans son paragraphe 14, la résolution accuse grossièrement Israël d’avoir installé de "fausses tombes juives dans des cimetières musulmans" .

Pourquoi n’a-t-on pas entendu la voix de nos frères chrétiens dénoncer cette atteinte honteuse à l’histoire juive et chrétienne ? Pourquoi le Souverain pontife est-il resté étrangement muet ? Nulle mention de la résolution.

Ce sont pourtant les fondements de la civilisation judéo-chrétienne qui sont remis en cause. En effet, si le monde accepte qu’il n’y ait aucun lien entre les juifs et Jérusalem, entre les juifs et le Mont du Temple, alors Jésus ne serait plus qu’une légende inventée. Et les Evangiles qui parlent de la présentation de Jésus au Temple, de sa rencontre dans ce même Temple avec les docteurs de la loi ou de sa venue sur place lors des grandes fêtes de pèlerinage, serait-ce pure invention ? Ces textes fondamentaux du christianisme sont-ils un tissu de mensonges ? Le christianisme peut-il se passer de Jérusalem, sa matrice ? Jésus foula-t-il le sol d’un Temple en terre juive ou d’une mosquée en terre musulmane ?

Pourquoi n’entendons-nous pas la voix de nos amis musulmans modérés pour défendre la vérité historique et s’opposer à cette falsification de l’histoire ?

Et où sont tous les journalistes qui défendent la vérité historique ? Comment se fait-il qu’ils acceptent que l’on fausse l’histoire à un tel point ? Pourquoi se taisent-ils ?

Dans le vécu et la mémoire juive

Depuis la destruction du Temple en 586 avant l’ère chrétienne, les exilés juifs firent le serment de ne plus oublier Jérusalem. De génération en génération, ce serment sacré s’est transmis et la Cité de David n’a jamais disparu de la mémoire du peuple d’Israël. Dans les moments les plus obscurs de son histoire, soumis à l’oppression de l’ennemi, le juif, sans aucun espoir, répétait avec obstination : "L’an prochain à Jérusalem." Ses prières, ses offrandes, ses vœux et ses souhaits ont toujours été orientés vers Jérusalem et, à aucun moment, il n’a cessé d’être "non le juif errant mais le pèlerin de Jérusalem".

Au fil du temps, Jérusalem devint la conscience du judaïsme. "La conscience chrétienne a trouvé très tôt une autre Jérusalem à Rome et au Ciel; la conscience musulmane, elle aussi, en a, dès son éveil, construit une autre à La Mecque et à Médine" , note André Neher. Les Juifs ont toujours refusé une autre Jérusalem. Depuis plus de vingt-cinq siècles, sans arrêt, sans pause, sans interruption, ils répétaient : "Si je t’oublie Jérusalem, que ma droite me refuse son service…" Pour le juif, Jérusalem représente son âme, son essence, le centre de sa vie spirituelle, son génie.

L’attachement inconditionnel du peuple juif à sa capitale spirituelle n’est pas un accident fortuit. Il a été forgé au cours des siècles et nourri par la tradition.

Dans les prières

A tout mariage on rappelle que nulle joie ne sera parfaite tant que Jérusalem ne retrouvera pas sa gloire. Pendant la cérémonie, l’époux brise un verre en souvenir de la destruction de Jérusalem. Si l’on construit une maison, un pan de mur doit rester inachevé pour signifier qu’Israël est en deuil tant que Jérusalem n’est pas relevée de ses ruines. Une femme néglige toujours un détail de sa toilette et de son maquillage pour se souvenir de la Ville sainte saccagée. Les femmes, encore, afin de se souvenir de la ville assassinée, avaient l’habitude de se parer jadis d’un bijou en or sur lequel était gravée l’image de Jérusalem.

Mais c’est dans les prières quotidiennes que le souvenir de la Ville sainte revient à chaque instant. Trois fois par jour, nous demandons à Dieu : "A Jérusalem Ta ville, dans la tendresse, reviens, habite son sein comme Tu l’as dit, bâtis-la prochainement, de nos jours, en édifice d’éternité."

Après chaque repas, la prière pour l’édification de Jérusalem revient comme un leitmotiv qu’il s’agit d’ancrer à jamais dans nos mémoires. "Miséricorde, ô mon Dieu, pour ton peuple Israël, et pour Jérusalem ta ville et pour Sion, sanctuaire de ta gloire, et pour la royauté de la maison de David. Reconstruis Jérusalem, ville du sacré, promptement de nos jours."

Aussi, j’appelle tous les hommes de bonne volonté à élever la voix et à s’opposer fermement à cette falsification de l’histoire. Il existe des procédures d’annulation de résolution onusienne. On se souvient de la tristement célèbre résolution du 10 novembre 1975 assimilant le sionisme au racisme. Et cette résolution a été annulée par une autre résolution.

(1) NdlR : la résolution, qui comporte quarante points, est très critique envers Israël, qualifié à plusieurs reprises de "puissance occupante". Elle déplore en particulier de nombreuses violations du "statu quo" en vigueur depuis 1967, selon lequel seuls les musulmans ont le droit de prier sur l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’Islam et qu’Israël appelle le mont du Temple. Dans le viseur notamment, un paragraphe "dénonce vivement les agressions constantes commises par les Israéliens contre les civils", y compris des imams et des prêtres chrétiens. http://unesdoc.unesco.org/ images/0024/002443/244378f.pdf