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Faut-il interdire tout signe religieux ostensible dans l'enseignement et dans les administrations? La question a provoqué de multiples prises de position, allant de la stricte interdiction à la tolérance absolue. La question mérite trois réflexions.

Quelle est la véritable question? Si le débat a été soulevé, c'est essentiellement parce que de jeunes adolescentes musulmanes ont, par choix ou par obligation familiale, décidé de porter un voile à l'intérieur de l'établissement scolaire qu'elles fréquentent. La question a suscité quelques problèmes dans l'une ou l'autre école mais la plupart des cas ont été résolus dans le calme et la sérénité, tout simplement par le dialogue. Y a-t-il réellement un «danger» ? Faut-il craindre que la pratique se généralise ou que des catholiques, des orthodoxes, des bouddhistes arborent de manière spectaculaire leur appartenance religieuse? La réponse est non.

Y a-t-il urgence? La réponse est non, également. Il ne semble pas qu'il faille, en toute hâte, à quelques mois d'une échéance électorale, précipiter la rédaction d'un texte de loi qui interdise tout signe religieux ostensible. La coexistence de plusieurs communautés, l'épanouissement d'une société multiculturelle au sein d'un même Etat de droit est un thème suffisamment important et délicat pour être examiné en dehors de tout contexte électoral. Se donner le temps de la réflexion, ce n'est pas se montrer complaisant à l'égard d'un quelconque fondamentalisme. C'est au contraire se donner le temps d'une réflexion en profondeur, sans angélisme. Car on peut être contre le voile lorsqu'il est un signe de domination, d'inégalité entre hommes et femmes et considérer que son interdiction risque d'exclure encore plus la femme voilée.

Faut-il légiférer? La réponse est encore non. Pour régler les éventuels problèmes, ne suffit-il pas de s'en référer aux principes de la démocratie: la neutralité obligatoire pour les prestataires publics, mais pas pour les usagers. S'il y a des urgences politiques, elles ne sont pas là. Elles se posent plutôt en termes sociaux et économiques.

© La Libre Belgique 2004