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PROFESSEUR DE SCIENCES POLITIQUES FACULTÉS UNIVERSITAIRES SAINT-LOUIS

Dans le calendrier institutionnel européen, il est de coutume que la présidence de l'Union européenne (UE) s'achève symboliquement par la tenue d'un `Sommet´ entre les `Chefs politiques´ de chaque Etat membre. Ceux-ci s'accordent dans une non moins traditionnelle `déclaration´ sur une série d'`impulsions´ appelées à `dynamiser´ le processus de construction européenne. Image d'une Europe politique gouvernée par le haut, le tout haut, les Sommets de fin de présidence tendent à occulter la manière dont l'UE fonctionne d'ordinaire. Une palette étendue d'acteurs interviennent dans l'élaboration et la mise en oeuvre des décisions européennes, selon des schémas institutionnels et des efficacité variables: conseils ministériels européens à formations diverses (des finances, de l'agriculture, de l'énergie, etc.), commission européenne, parlement européen, cour européenne, les représentants des collectivités locales et régionales, via le Comité des Régions, même les `interlocuteurs sociaux´, via le Conseil économique et social, et je ne dis rien ici des `acteurs sociaux´ qui interviennent par le biais de procédures de consultation moins institutionnalisées ou informelles, `ONG´ ou `lobbies´.

Comment le citoyen peut-il s'y retrouver devant un tel `complexe´ d'actions, d'acteurs et de procédures? Comment peut-il saisir d'une manière non superficielle ce qui se joue au sein de l'UE? `Il n'y a pas moyen, c'est trop compliqué! Tant qu'il n'y aura pas de simplification radicale de la mécanique institutionnelle, cela est illusoire´. Cette réponse courante a sans doute une part de vérité. Mais il me semble que le fonctionnement de la `Bête´ gagnerait déjà beaucoup en `lisibilité´ si on appliquait plus systématiquement à la scène européenne la grille de lecture dont on use classiquement pour rendre compte de la vie politique belge. Au delà des individus et des institutions qui les produisent, les actions politiques sont principalement rattachées à des organisations collectives, les partis politiques, et aux idées générales qu'ils véhiculent dans leurs programmes ou leurs doctrines. Pourquoi ne fait-on pas pareil pour l'Europe? Pourquoi analyse-t-on ce qui se passe sur la scène européenne principalement en termes d'Etats, comme si des intérêts nationaux nécessairement homogènes déterminaient l'essentiel des actions politiques, ou d'Institutions, comme si les actions politiques étaient déterminées avant tout par des considérations fonctionnelles homogènes liées à la mission de tel organe dans la division institutionnelle d'ensemble?

Je plaide pour que la recension des actions politiques européennes se fasse avant tout par rapport aux partis et à leur vision de la construction européenne, en ne faisant place que dans un deuxième temps aux spécificités nationales (entre les socialistes français et les socialistes belges) et institutionnelles (entre un socialiste belge, commissaire européen, un autre, député européen, un troisième ministre, un quatrième, membre du Comité des Régions). Après tout, c'est quand même bien par le biais des partis politiques nationaux que les citoyens peuvent peser de façon centrale (pas exclusive) sur le développement de l'UE, puisque ce sont bien les partis, et non les Etats ou les institutions, qui se présentent aux élections. Une telle grille d'analyse présenterait en outre l'avantage de donner du processus de construction européenne l'image d'un gouvernement par le bas, plus proche du citoyen, plus ouvert à ses souhaits que celle liée au `Conseil européen des chefs d'Etat qui décident de l'avenir de l'UE´. Elle contribuerait ainsi à une certaine réapproriation intellectuelle par le citoyen des activités politiques qui se déroulent au plan européen et qui tendent à avoir des implications de plus en plus forte sur sa vie quotidienne, comme en témoigne le tout prochain passage à l'euro.

© La Libre Belgique 2001